Le spectacle a commencé. Joué à la télévision et sur les réseaux asociaux, le voilà qui s’invite dans nos conversations. Eteindre la télévision ne suffit pas, supprimer ses comptes Facebook et Twitter non plus.

Au reste, il serait très profitable pour nous de parler d’autre chose. Adopter la posture des sages qui ne touchent pas à ça, la politique, et nous délier du sort de nos contemporains. Hélas le monde est ainsi fait que nous avons des tripes. Un ethos, une histoire derrière nous, et tout cela nous donne des adversaires, notez bien que je ne dis pas des ennemis.   La mélodie du moment est simple à retenir, efficace :  l’« armée d’occupation » musulmane assoit la « domination en France du pouvoir islamique et du halal ». Et pour contrer l’« alliance de la kalach et de la djellaba », la droite libérale-conservatrice de monsieur Éric Zemmour a un projet fort. Reculer l’âge de départ à la retraire, réduire le coût du travail, libérer les entrepreneurs des « charges », et rétablir l’esprit de réussite qui a fait la grandeur des Etats-Unis, pardon, de la France avant l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand, qui lui n’avait fait qu’appliquer le programme économique du RPR. C’est une mesure « conservatrice », paraît-il, un hommage rendu à Margareth Thatcher qui, si elle rasa l’Angleterre, ne le fit que par souci de préserver l’harmonie et l’ordre des choses, un certain ordre disons, mais ne me demandez pas lequel, imperceptible à qui ne fait profession de conservatisme à tout bout de champ.

Le monde d’Éric Zemmour est un monde avec plus de caméras, de police, de surveillance, en bref plus de contrôle. Dans un univers hautement technologique, la logique sécuritaire, qu’elle se déploie au nom d’une identité à défendre ou d’une santé à préserver, fait le lit d’un Etat totalitaire. Le Marché d’un côté, avec ses hiérarchies, ses systèmes de dominations, l’Etat policier de l’autre. On connaissait la jointure entre libéralisme économique et progressisme sociétal, la CB et le CBD, voici venir l’autre forme contradictoire de la modernité, la matraque dans une main, le smartphone dans l’autre.

Contrôle orienté

On avait la mélodie (Zemmour), voilà les harmoniques (Macron) : nous ne sommes pas dans une impasse sanitaire, mais dans la poursuite du Progrès, lancés sur l’autoroute. La technologie n’est pas seulement un « outil de contrôle », elle est le contrôle. Considérer que l’on puisse la rabaisser au rang de moyen – pour une fin bonne, la sécurité sanitaire, culturelle, physique – est une illusion, sinon une manipulation. En juin, un rapport d’information émanant du Sénat mis en ligne sur le site de l’institution annonçait la couleur. Son titre : « Crise sanitaire et outils numérique : répondre avec efficacité pour retrouver nos libertés ». Que préconisent les trois rapporteurs, après quelques fausses pudeurs sur les bienfaits du modèle Chinois ? « Dans les situations de crise les plus extrêmes, les outils numériques pourraient permettre d’exercer un contrôle effectif, exhaustif et en temps réel du respect des restrictions par la population, assorti le cas échéant de sanctions dissuasives, et fondé sur une exploitation des données personnelles encore plus dérogatoire. (…) » Et donc, concrètement ? « Bracelet électronique »,  « désactivation du passe pour les transports en commun », « portiques de contrôle dans les magasins », « caméras thermiques dans les restaurants », «  contrôle des fréquentations ».

Avons-nous le choix ? Avons-nous encore la possibilité de refuser l’emploi de tels « outils » ? C’est ici que la décroissance technologique apparait comme un bien désirable. Histoire de tempérer les velléités dictatoriales de certains.

Paul Piccarreta
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