Un petit coup de clim’, et ça repart ! Si les climatiseurs sont partout, le camp de ceux qui doutent de leur utilité grandit. En réalisant que les refroidisseurs nous réchauffent, notre contributeur Grégoire a basculé dans le camp des climosceptiques.

Illustration d’Alexandre Forget

C’était il y a trois ans, durant l’été caniculaire. Après avoir couru pour atteindre le quai à temps, j’entre dans une rame de RER surclimatisée. La sueur de mon front s’évapore… pour ressurgir lorsque je sors des sous-sols des trans- ports et me retrouve à l’air libre. Ou plutôt l’air asphyxiant : le goudron suffoque, je transpire à nouveau. Je me dirige vers la tour d’une grande entreprise spécialiste, entre autres, de l’efficacité énergétique des bâtiments. Alors que mon corps pénètre dans le bâtiment, j’ai l’impression d’être une grande asperge balancée au frigo. L’ascenseur, lui, est bouillant. J’en sors. À l’étage, le froid polaire, à nouveau. En un instant, mes yeux sèchent du fait du courant d’air de la clim. En plein été, je dois enfiler mon pull. Mon sang ne fait qu’un tour. En état de choc thermique et émotionnel, je bascule, dans cette tour, au front du CAC 40 : le Camp Anti-Clim même sous 40°C.

Petit coup de froid et gros coup de chaud

Ce camp rassemble de moins en moins de personnes dans ce pays et ce monde. Les marches pour le climat n’ont pas dépassé les 350 000 personnes. Le marché de la clim a séduit 500 000 nouveaux foyers rien qu’en 2017. Et dans le monde, 1,6 milliards de climatiseurs ventilent à ce jour nos lieux de passage ou d’habitat. L’Agence Internationale de l’Énergie prévoit même que ce chiffre se portera à 5,6 milliards d’ici à 2050. Lorsque l’on sait qu’ils représentent déjà 20 % de la consommation électrique des bâtiments, 10 % de la consommation électrique mondiale et entre 3 % et 4 % de la consommation énergétique mondiale, ces perspectives font froid dans le dos. Par ailleurs, le rejet d’air chaud à l’extérieur des bâtiments par les climatiseurs engendre un surcroît de chaleur dans les villes, entre 0,25 °C et 2°C pour la ville de Paris d’après une étude du CNRS en 2010.

C’est là toute l’aporie de la climatisation : elle permet de lutter contre les effets du réchauffement climatique tout en le provoquant davantage. Outre leur pantagruélique consommation électrique et énergétique, les climatiseurs contiennent des fluides qui menacent nos écosystèmes. S’ils sont censés rester à l’intérieur de l’appareil, des fuites sont souvent inéluctables : lâchés dans l’atmosphère, en toute discrétion, inodores et non nocifs pour la santé, ils ont pourtant de quoi se faire remarquer.  […]

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