Un appel à la résistance de la part d’un de nos plus fidèles contributeurs. Pourquoi serait-on moins contaminé au supermarché que dans les petits marchés de producteurs ?

Légumes vendus sous le manteau

Lundi, fin d’après-midi, sur le parking désert d’une grande surface fermée en Bourgogne.  Quelques voitures arrivent, les chauffeurs restent à l’intérieur de peur d’être vus, ils semblent attendre quelque chose. Une veille break arrive, le coffre s’ouvre. Chacun sort de sa voiture, récupère sa cagette, donne son chèque et repart.

Nos protagonistes ne sont pourtant impliqués dans aucun trafic de stupéfiant. Le réseau clandestin qui s’organise a pour unique but de se fournir en légumes. Un peu plus tard, la même chorégraphie aura lieu pour du fromage, de la farine et des pâtes, quelques jours plus tard pour du pain et de l’agneau.

Le sacrifice des producteurs au profit des supermarchés

La mairie de la ville en question a en effet décidé la fermeture de son marché couvert[1] (sans aucunement, évidement, imposer quoi que ce soit aux cinq supermarchés de la commune). Or dans ce petit coin de Bourgogne, la production locale, paysanne et bio fonctionnait pas mal, au marché on trouvait tout en bio et local. Prévenus de cette fermeture la veille du marché hebdomadaire les paysans, artisans et commerçants se sont retrouvés avec leur production sur les bras et les habitués du marché ont été invités par la mairie (via son site internet) de se « ravitailler dans les différentes grandes surfaces de la Ville, qui restent ouvertes et achalandées. ». L’intermarché, profitant de l’occasion – qui fait le larron – a invité dans la foulée les producteurs locaux à entrer en contact avec lui.

Le Capital ne fera pas de pause

Nous y avons tous un peu cru, le coronavirus allait arrêter la « machinerie automatique » du Capital et nous offrir un temps de décroissance, l’occasion de faire les semis au potager et de profiter du printemps avec nos enfant.

Il faut hélas ouvrir les yeux, le Capital contre attaque déjà[2]. Pendant que la FNSEA (le syndicat de l’agro-industrie) et l’État organisent main dans la main la récolte des fraises sous serres chauffées par solidarité envers l’agriculture productiviste et la grande distribution, nous assistons au sacrifice des paysans et des circuits courts.

Il y a foule dans les cinq supermarchés de cette petite ville de 5 000 habitants pour acheter les marchandises de l’agro-buissness, mais nos paysans se retrouvent à devoir vendre leur poireaux sous le manteaux.

Organisons la résistance. Harcelez vos maires pour qu’ils demandent le maintient (ou la ré-ouverture) des marchés de producteur. Aider vos paysans (et non la FNSEA) à préparer des commandes et à les livrer. Quelques pistes de résistance sur le site de la Confédération Paysanne.


[1] Décision prise avant le décret du gouvernement sur le sujet, décret qui, d’ailleurs, permet aux mairies de demander la maintient des marchés.

[2] Je me concentre ici sur le sacrifice des paysans mais il y aurait beaucoup à dire aussi sur celui des ouvriers. Si le gouvernement demande timidement, avec des « s’il vous plait » aux entreprises de limiter la rémunération des actionnaires, il n’hésite pas à imposer au travailleur des augmentations du temps de travail (cf. l’article de La Croix sur le sujet)

Merci à Geoffroy Saillard de nous autoriser à utiliser ses photos !

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