Nous retrouverons désormais la chronique La courte échelle que Gaultier Bès donne chaque semaine à Radio Espérance, en version écrite et audio ! Cette semaine, comment faire face aux mauvaises nouvelles quotidiennes sans tomber dans une profonde dépression …

« Moi, quand je veux savoir les dernières nouvelles, je lis Saint Paul… », disait Léon Bloy.

Les informations que nous entendons ou lisons chaque jour ici ou là ne sont le plus souvent que l’interminable répétition des mêmes travers humains : trahisons politiques, drames sociaux, catastrophes industrielles, délires technoscientifiques, extrémismes idéologiques… Rien de bien nouveau sous le soleil, comme disait l’Ecclésiaste.

Nous sommes à ce point saturés d’informations qu’il nous est de plus en plus difficile de distinguer les phénomènes marquants, décisifs, des événements sans lendemain.

Nous voilà bombardés, saturés de news, de breaking news même, ces vraies-fausses nouvelles qui tournent en boucle sur nos écrans, entre deux séries de publicité.

L’actualité nous prend à la gorge et ne nous lâche qu’à condition qu’on y revienne bien vite, pour reprendre une dose d’adrénaline, refaire le plein de voyeurisme. N’a-t-on pas vu au moment des attentats certains charognards médiatiques se réjouir des audiences exceptionnelles de leurs chaînes ?

Comment savoir ce qui se passe vraiment ? Comment passer de l’écume des heures aux profondeurs du temps ? Comment distinguer les clapotements des mouvements de fond qui bouleversent vraiment le monde dans lequel nous vivons ?

Modestement, cette chronique voudrait contribuer à lancer des passerelles vers ce dont on ne parle pas assez, c’est-à-dire ce qui n’est pas assez racoleur pour passer le crible serré des flash infos. Je

Cette chronique s’efforcera de vous faire la courte échelle vers une actualité de long terme, qui pour être durable n’en est pas moins urgente et décisive.

Premier rendez-vous, cette semaine, avec un essai publié au Seuil en avril 2015 : Comment tout peut s’effondrer, de Pablo Servigne et Raphaël Stevens. Dans ce « petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes », nos deux auteurs font le tour des nombreux points de fragilités de notre civilisation industrielle, qui se croit immortelle lors même qu’elle menace ruine de toutes parts. En effet, colosse aux pieds d’argile, notre système mondialisé ne pourra pas toujours repousser ses limites.

Alors que toutes nos infrastructures, y compris le nucléaire et les énergies renouvelables, dépendent encore des énergies carbones, on sait que l’ère du pétrole facilement accessible est révolue. Dans les années 60, pour chaque baril consommé, l’industrie en découvrait six. Aujourd’hui, avec une technologie de plus en plus performante, nous consommons sept barils pour chaque baril découvert.

Qu’il s’agisse de l’épuisement des ressources, de l’appauvrissement de la biodiversité, des changements climatiques, de l’acidification des océans, de l’instabilité financière, ou des troubles géopolitiques, nous devons reconnaître que ni la technologie ni la main invisible du marché ne peuvent résoudre tous nos problèmes.

Comme l’affirmait en 2012, Ken Rogoff, ancien chef économiste du FMI : « Les systèmes tiennent souvent plus longtemps qu’on ne le pense, mais finissent par s’effondrer beaucoup plus vite qu’on ne l’imagine ». Un effondrement n’est pas la fin du monde, mais la fin d’un monde, en l’occurrence celui du productivisme qui a fait de la croissance matérielle l’alpha et l’oméga du bonheur humain. Un effondrement, précisent les auteurs, est « le processus à l’issue duquel les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie, etc.) ne sont plus fournis à un coût raisonnable à une majorité de la population par des services encadrés par la loi ». Or donc, quand, comment, pourquoi le système industriel risque-t-il de s’effondrer, non pas seulement du fait d’une énième « crise », mais à cause d’une conjonction ou d’un enchaînement rapide de « crises » ?

Comment faire face, sinon à la certitude, du moins à l’hypothèse de la catastrophe, sans sombrer dans le déni ou la résignation ? Telles sont les questions auxquelles répond ce livre extrêmement documenté, qui dresse un panorama édifiant de l’insoutenabilité d’un modèle à bout de souffle. Pénuries énergétiques, risques nucléaires, terrorisme, bulles financières, inégalités sociales, déplacements de populations, désastres écologiques : les prémisses de l’effondrement sont là, à nous d’agir avec réalisme et audace pour mettre en place dès à présent des petits systèmes résilients, à la fois sobres et solidaires, des communautés économes et conviviales où le monde de demain puisse germer.

Gaultier Bès

Directeur-adjoint de la revue Limite
Agregé de Lettres et professeur de Français à Dreux