Il faut sortir de la crise par le haut, disent les gens bien placés. Nous pensons exactement l’inverse : quand c’est du haut que vient le chaos, c’est par le bas qu’on en sort. Du haut, c’est-à-dire des structures technocratiques qui organisent notre monde en dépit du bon sens. Par le bas, c’est-à-dire par la base, là où la plupart d’entre nous voudrait pouvoir simplement vivre, travailler, aimer, nourrir les siens, sans dépendre des marchés financiers de Londres, de New York, de Hong Kong ou d’ailleurs. La mondialisation libérale a peut-être augmenté le « niveau de vie » général, elle risque fort de ne laisser derrière elle qu’un champ de ruines, et de frustrations. La division internationale du travail a peut-être valorisé les « avantages comparatifs » de chaque pays, elle a réduit l’individu à un consommateur insatiable, totalement incapable de subvenir par lui-même à ses besoins. Notre assiette vient de partout, sauf de notre jardin. à force de sacraliser notre « pouvoir d’achat », nous avons sacrifié notre « pouvoir d’agir ». Plus rien n’importe, tout s’exporte.

Il est temps de renverser l’autel où Big Mammon s’engraisse.

N’est-ce pas ce que tentent les Gilets Jaunes ? Tout a été dit sur leurs colères et leurs désirs. Le désordre qu’ils manifestent vient de loin. Les Champs-Elysées le samedi n’en sont qu’un énième soubresaut. Il y aura toujours moins de vitrines brisées que d’écoles, de postes ou de gares fermées. Ces vingt dernières années, le nombre de femmes qui vivent à plus de 45 minutes d’une maternité a doublé. Pendant ce temps-là, en dix ans, le CAC 40 doublait sa valeur, retrouvant son niveau d’avant la crise des subprimes. Les services publics se dégradent, tant pis : le luxe et l’aviation prospèrent.

Les Gilets Jaunes sont un signe, un symptôme, celui de l’effondrement d’un système, trop gros, trop injuste, qui réussit de moins à moins à calmer les colères et à cacher ses vices. Car si l’air est irrespirable, ce n’est pas qu’à cause des gaz lacrymogènes. La pollution tue en masse, ici et là, et à l’échelle de la biosphère. Dans ce déluge industriel, heureusement, des éclaircies apparaissent, et pas seulement sur les ronds-points ou dans les marches pour le climat. Nous continuerons à promouvoir ces alternatives, écologiques, sociales, démocratiques, d’où qu’elles viennent, car elles sont les avant-postes d’une société plus juste.

Le local contre le global, le petit commerce contre la grande surface, l’économie contre la concentration du capital, bien sûr, c’est David contre Goliath. Mais l’on sait à la fin que le géant s’effondre, colosse aux pieds d’argile. Le berger visait juste. Un caillou a suffi. Quelle fronde brandir contre les Philistins de notre temps ? Quelle pierre glisser dans la machine infernale qui menace notre maison commune ?

Nous espérons que ce nouveau numéro en soit une qui, grâce à vous, puisse atteindre sa cible. Il faut avoir de bons appuis : lisez bien pour viser juste !

Et n’oubliez pas de vous aimer les uns les autres !

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Gaultier Bès

Directeur-adjoint de la rédaction de Limite
Agrégé de lettres et professeur de français à Dreux