En 2014, Marie et Donatien Chatillon fondaient une petite école Montessori à Amiens. Forts de sa réussite, ils cherchent désormais à lancer un micro-collège s’inspirant à la fois de la pédagogie de Maria Montessori et de l’écologie intégrale de Laudato Si. Avis aux parents qui aimeraient que leurs ados mettent les mains à la terre !

– Vous avez lancé il y a sept ans une école Montessori à Amiens. Pouvez-vous nous parler de son esprit et de son organisation ?

A la naissance de notre premier enfant, mon épouse s’est passionnée pour la pédagogie Montessori qu’elle a découvert par la lecture du livre de Maria Montessori, L’Enfant. Ayant testé l’école publique de notre quartier, nous étions déçus de ne pas pouvoir suivre les apprentissages de notre fille. Mon épouse a donc commencé l’école à la maison puis a ouvert un atelier Montessori à d’autres enfants avec le matériel que nous avions engrangé. C’est là que nous est venu l’idée de créer une école car il n’y avait aucune école hors contrat dans notre département de la Somme. Nous étions enthousiasmé par la pédagogie qui met vraiment l’enfant au cœur de l’apprentissage. En parallèle, nous rêvions d’une école plus proche des parents, avec une petite vie communautaire qui favorise la solidarité, le sens de la fête… Mon épouse s’est formée pendant plusieurs années et a recruté des enseignants de métier pour l’aider.

Nous voulions une école familiale, à petits effectifs, où les parents puissent être participants en tant que premiers éducateurs de leurs enfants. Il fallait aussi que l’école puisse être ouverte à tous donc nous avons choisi de ne pas être trop cher, avec des tarifs selon le quotient familial et des bourses possibles. D’emblée nous avons voulu que l’école soit catholique, ouverte à tous. En effet, d’une part cela correspondait à nos valeurs mais nous avons aussi découvert que Maria Montessori accordait une grande importance à la spiritualité pour le développement de l’enfant. Nous avons dès le début mis en place la catéchèse Montessori (atrium du Bon Berger). L’école est aujourd’hui gérée par une association administrée par deux couples qui portent l’école au quotidien. Une association des parents d’élèves permet aux parents d’y être représentés et de porter des projets pour l’école.

Laudato Si est parue il y a tout juste cinq ans, soit deux ans après que vous avez créé votre école. Comment avez-vous accueilli l’encyclique du pape François pour une écologie intégrale ?


Je me souviens avoir eu le bonheur de lire l’encyclique sur une terrasse au soleil en face de la montagne : le cadre idéal pour vibrer aux propos du Pape. Personnellement j’ai eu le sentiment de ne pas découvrir le sujet car je suis par ma formation d’ingénieur agronome déjà sensibilisé à ces sujets. J’ai par ailleurs travaillé 4 ans pour des projets de solidarité internationale en Afrique, puis 3 ans pour le développement d’une agriculture durable et biologique en Région Picardie. Quand on voyage dans les pays du sud, c’est clair que  « tout est lié » : on comprend que nous ne pouvons plus vivre aujourd’hui autrement que comme citoyen du monde respectueux de la nature et des habitants du monde.

Toutefois, l’appel du Pape m’a permis de mettre des mots sur des concepts auxquels je croyais et surtout de pouvoir m’appuyer sur un texte de l’église pour conforter une approche qui était trop souvent réservé jusque là aux dits écolos. Aujourd’hui, ce texte légitime les catholiques non seulement dans les actions en faveurs de l’écologie mais aussi dans les projets dit « alternatifs » qui cherchent à réconcilier l’homme avec l’homme. Concrètement à l’école nous sommes engagés chaque année dans le label éco-école qui nous encourage à des actions concrètes avec les enfants, mais surtout nous prônons je crois, dans la manière d’enseigner et d’être avec les enfants et les parents, une vision intégrale de l’enfant. Comme dirait Maria Montessori : « L’enfant n’est pas un vase que l’on remplit mais une source que l’on laisse jaillir ».

– Vous vous lancez à présent dans l’ouverture d’un collège Montessori. Que cherchez-vous à mettre en place !


Il se trouve que Maria Montessori avait une approche très Laudato Si : elle ne cesse de parler de la dignité de l’enfant comme une personne, de l’importance de l’éducation pour la paix dans le monde… Ça respire l’écologie intégrale dans ses livres. Tout le monde s’accorde à dire qu’elle était visionnaire sur son temps. On réduit d’ailleurs trop souvent la pédagogie Montessori a du matériel bien pensé pour les tout-petits, mais en fait elle a développé toute une philosophie de vie (très évangélique, je trouve) en plaçant l’enfant au cœur de la société. Pour les études, elle développe au delà de la maternelle tout un programme d’étude pour les enfants du primaire qui va même jusqu’au programme du collège en fait.

Mais pour les adolescents, Maria Montessori préconisait un changement de rythme dans les études correspondant au bouleversement physique et psychique que vit l’enfant à cet âge là. Si elle maintenait l’importance d’avoir des études intellectuelles, elle argumente dans son livre De l’enfant à l’adolescent que les jeunes adolescents ont besoin aussi d’activités pratiques, d’insertion dans la société par le travail en association. Elle avait même l’idée très concrète d’un internat à la campagne avec une ferme pédagogique pour que les jeunes puissent travailler la terre et comprendre le sens noble du travail. Tout doit être fait pour donner du goût et du sens au travail à une période où l’adolescent risque de s’en détourner au profit de tentations que l’on connaît trop bien aujourd’hui. « Mettre l’enfant à la terre » : il fallait pour elle que l’adolescent soit mis en contact avec les bases de notre humanité pour qu’il comprenne le sens et la valeur du travail.

Pour Maria Montessori, c’est l’âge social : le jeune a besoin de trouver sa place dans la société pour commencer à entrevoir qu’elle rôle il pourra y jouer. Sans cette compréhension, les études sont pour lui un calvaire, il n’y a qu’à voir aujourd’hui les quantité d’adolescents qui sortent du collège et qui n’ont plus aucuns goût pour l’apprentissage… Nous cherchons donc à mettre en place cette vision de Maria Montessori : une petite classe de collégiens, adossée à une micro-ferme pédagogique. Dans un cadre porteur, nous chercherons à faire vivre  l’esprit de « Laudato Si » : le lien retrouvé entre la famille – le travail – la communauté.  C’est esprit de respect de la nature bien sûr (démarche permaculturelle), mais aussi respect de l’enfant et la famille (respect du rythme de chacun, éducation intégrale,…), et sans oublié la solidarité (boutique solidaire avec les produits de la micro-ferme, entraide familiale). Tout cela en privilégiant le local et la proximité avec les parents, les voisins… Notre vision à terme, c’est plus qu’une simple école, c’est un peu notre pari bénédictin à nous ( voir le livre de Rod Dreher) : retrouver la simplicité et la joie au sein d’une petite communauté locale de personnes qui partagent les mêmes valeurs et une préoccupation principale commune : élever nos enfants plus pour le monde de demain que pour celui d’aujourd’hui qui est en train de passer ! 

Merci à Geoffroy Saillard pour l’image d’illustration.

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