Vivre à la marge. C’est la vocation depuis dix ans de la Tchaap, cette « Tribu Chrétienne Hétéroclite Altermondialiste Autogérée de Prière » installée dans une ancienne grange cistercienne, en Bourgogne. Une ferme-village où les enfants, plus nombreux que les adultes, courent dans le potager pendant que les parents cultivent le ciel et prient le sol de donner en abondance. Rencontre avec son fondateur Alexandre Sokolovitch. Propos recueillis par Gaultier Bès

Comment en êtes-vous arrivés là ?

Au départ, nous avons décidé de vivre simplement, plus proches des jeunes et des cultures alternatives. C’est pour cela qu’en 2006, jeunes mariés (à l’époque, j’avais 28 ans et Marie 22 ans), nous avons « lâché » nos boulots (infirmière pour Marie et surveillant dans un lycée pour moi) ainsi que notre appartement en Haute-Savoie. Avec nos petites économies, nous avons acheté un  camion aménagé pour mener une vie nomade et précaire, sans RSA ni soutien financier. Nous avons fait un grand bond dans la simplicité volontaire ! Nous avions très peu de besoins. Nous vivions de récups de nourriture dans les invendus de supermarchés. En tant que nomades, la recherche d’eau, d’électricité, de chauffage, d’une machine à laver, etc., nous prenait beaucoup de temps. Nous avons profité de cette vie pour découvrir de nombreux lieux alternatifs, au milieu de marginaux de toutes sortes. Un jour, alors que nous étions installés dans un immense squat artistique à Lyon (La Friche, qui a brûlé depuis), un ami nous a invités à une réunion de prière et de partage. Nous sommes arrivés chez un couple de chrétiens, qui avait lui aussi vécu en camion vingt ans auparavant, et qui nous a expliqués que le jour où nous voudrions nous installer pour faire de l’accueil, il existait une ferme à l’abandon en Bourgogne.

Un an plus tard, nous sommes donc arrivés dans cette ferme, à La Bussière-sur-Ouche (près de Dijon), avec un groupe d’amis qui nous suivaient dans notre nomadisme, et tout notre réseau d’amis chrétiens et/ou alternatifs, qui venaient de passage et nous ont aidés à monter notre projet, à aménager les lieux, à accueillir d’autres nomades…

Nous avons cherché d’autres familles pour vivre avec nous au quotidien, et chaque année, une nouvelle famille a rejoint notre petite tribu. Actuellement, nous sommes 5 foyers (soit 8 adultes et 9 enfants) et maintenant, tous les logements sont occupés.

Quel est l’esprit de votre lieu de vie ?

Nous sommes une tribu chrétienne œcuménique. Nous fonctionnons de manière horizontale et nous nous voulons festifs, expérimentaux, créatifs. Nous nous appelons « collectif » plutôt que « communauté » dans le sens où l’intérêt des personnes ou des familles passe avant celui du groupe. De fait, chaque famille a son propre lieu de vie. J’aime bien le terme « anarchie chrétienne », non seulement par non-violence radicale, mais parce que le christianisme pour nous est solidaire des contre-cultures, des exploités et des minorités. Nous nous méfions d’un christianisme de pouvoir comme il a pu l’être au long de l’histoire depuis l’empereur romain Constantin. Nous voyons dans le Christ des évangiles un regard qui relativise toutes les formes d’autorités humaines[…]

La suite est à retrouver dans le numéro 3 de la revue Limite [Arrêtez tout, il y a plein d’alternatives!]

Pour aller plus loin:

Site internet de la ferme

Entretien vidéo d’Alexandre Sokolovitch:

Lire aussi:Shane Claiborne "Vivre comme un simple radical"

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Gaultier Bès

Directeur-adjoint de la revue Limite
Agregé de Lettres et professeur de Français à Dreux