Le mois dernier, alors que je rencontrais les propriétaires d’une charmante bâtisse du XVIIIe siècle pour leur proposer d’acquérir une partie de leur parc en vue d’un projet d’aménagement communal, j’assistai à une scène assez éloquente sur le statut d’une maison de famille.

Illustration de Bertille Mennesson.

La bastide appartenait à un couple d’octogénaires qui, à l’occasion des vacances d’été, recevaient chez eux certains de leurs 3 enfants et 15 petits- enfants. Sans surprise, ils m’exprimèrent leur désir de finir leurs jours dans cette « maison de famille », lorsqu’une de leur fille, présente à l’entrevue, ajouta : « Moi, je trouve la proposition intéressante, et puis je n’y suis pas attachée à cette maison. » La mère ne parla plus jusqu’au moment de se quitter, quand elle se tourna vers son mari pour partager d’une voix émue ce qui la préoccupait : « Tu l’as entendue, Claude ? Elle serait capable de revendre la maison… »

Cette phrase en dit long sur ce que représente une maison de famille : lieu de mémoire, de souvenirs et de rencontre, s’en départir peut être perçu comme un affront aux morts et aux vivants de la famille ou comme un déchirement. De la même façon, alors que la maison de famille est souvent décrite comme le lieu du rassemblement familial, au point de devenir le symbole de son unité, la question de sa transmission, couplée à des enjeux économiques plus ou moins prononcés, a séparé plus d’une fratrie.

La littérature définit la maison de famille par le cumul de trois caractéristiques : c’est une maison que l’on transmet, un lieu de réunion pour la famille plus ou moins élargie, enfin un point de référence symbolique et identitaire. On retrouve dans ces caractéristiques comme un écho à la religion : transmise, rassembleuse, symbolique et identitaire. Mais ce sont aussi des caractéristiques propres… à la famille justement : transmission par la filiation, cellule de base de la société et lieu de première solidarité, facteur majeur d’identité. Il existe toutefois une différence majeure entre maison de famille d’une part, religion et famille de l’autre : la maison de famille est un objet matériel qui n’a d’âme que celle qu’on lui prête.

L’histoire des maisons de famille n’est pas linéaire. Toit et famille se confondaient encore il y a quelques siècles lorsque la mobilité géographique était quasiment inexistante : le toit faisait la communauté de vie et, d’une certaine façon, chaque maison était une maison de famille. On y naissait, on y vivait, on y mourait. […]

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