Rien n’est plus facile que le dépassement de soi. Il suffit d’être un surhomme. Il suffit de battre des records. Celui du 100 mètres, par exemple, ou celui du plus grand mangeur de boudin (le concours a lieu à Mortagne-au-Perche, et la performance se mesure au nombre de mètres avalés en une heure).
On va toujours plus vite, plus loin, plus haut. Et l’on oublie que la grande difficulté est de marcher à la bonne vitesse.

Le capitaine au long cours veut que son vaisseau arrive à bon port, et non dix lieue au-delà. La mère de famille veut que son fils atteigne la bonne taille, et non qu’il grandisse toujours davantage, s’excluant de ses frères, la tête dans l’irrespirable et le corps s’effondrant sur son propre poids. Certes, il convient d’applaudir aux exploits du sprinter Usain Bolt, du nageur Michael Phelps, du sauteur Felix Baumgartner et même du policier Robocop.
Mais il faut admirer plus encore celui qui court exactement comme il faut pour être à l’heure à la sortie de la crèche ; celui qui fait la planche au soleil en psalmodiant Monstres marins,
tous les abysses, louez le Seigneur ; celui qui fait son métier de gendarme en se sentant désarmé…

La suite est dans le premier numéro de Limite!

Fabrice Hadjadj

Philosophe. Directeur de l'Institut Philanthropos en Suisse.
Conseiller éditorial de la revue Limite

Les derniers articles par Fabrice Hadjadj (tout voir)