Face aux géants de l’industrie, les salariés ne peuvent que mordre la poussière.
Souvent, à la première lutte d’intérêt, c’est l’industrie qui plie bagage et s’en va trouver d’autres petites mains plus docile ailleurs. C’est une constante que l’histoire industrielle a confirmée sans difficultés. Loin de nous l’idée d’aller tordre le cou aux grands patrons du CAC 40.
On n’en a pas le culot. Mais simplement, n’est-il pas l’heure de renouer avec le christianisme social ?
Son histoire vieille d’un siècle et demi porte en elle l’espérance d’une fécondité au-delà des modes et des études sociologiques.

Bernard Arnault, salaud ?

La première fortune de France, Bernard Arnault, possède un capital personnel de 35 milliards de dollars. Soit environ 23 millions d’années de SMIC. Soit l’équivalent de six cent mille smicards ayant travaillé quarante ans. Ou encore, autre manière de voir, quelque chose approchant le PIB de l’Auvergne. Bernard Arnault est cet homme qui est arrivé à Boussac il y a une trentaine
d’années. Ce n’était pas pour des vacances. Boussac était alors une petite ville du Nord où l’on exploitait le textile au groupe Boussac Saint-Frères. Arnault a racheté l’ensemble de l’entreprise, avec l’aide d’une subvention de l’État s’élevant à un milliard de francs. Nous sommes au début des années 80 : Arnault se propose, grand généreux, de sauver Boussac. L’homme d’affaires se fait plébisciter sur des promesses : garder les emplois et ne pas délocaliser. Mais à peine l’achat conclu, et avec le soutien du gouvernement Fabius, quelques milliers de salariés se retrouvèrent sans emploi du jour au lendemain. Dans sa tête, en rachetant le groupe Boussac Saint-Frères, Arnault mûrissait un fruit déjà bien mûr : prendre Dior, et foutre le reste à la poubelle.

Le président de LVMH avait pris simplement sa calculette. Coût du travail à Boussac : 80 euros le costume, à sortie d’usine. Coût du costard en Pologne, à Katowize exactement, 20 euros. Bernard Arnault n’a gardé que les filières les plus performantes et n’a vu que l’intérêt de son portefeuille. Dior, ces ouvriers du Nord, ils adorent, c’est sûr. Aujourd’hui, certains d’entre eux ne se sont pas
remis du passage d’Arnault dans les années 80. Ils vivent du RSA, ont des retraites misérables,
et cela s’est passé sous un gouvernement de gauche. À l’époque, une religieuse ouvrière s’était battue contre ces délocalisations. Elle s’appelle soeur Thierry Catherine. Le journal Fakir est allé la voir en mars 2013.  Portrait : « C’est une soeur dominicaine, dit le journal, née au Maroc, qui s’est installée dans la vallée de la Nièvre en 1969 et qui ne l’a pas quittée. À la fabrique de jut d’Harondel, puis à la bâcherie de Flixecourt, elle s’est faite religieuse ouvrière, à la chaîne, durant vingt-trois années. Syndicaliste à la CFDT, elle a défendu les vaincus des ateliers aux comités d’entreprise
– et désormais devant les prud’hommes. Elle a assisté au premier rang à un carnage industriel, avec ses copines et copains pour victimes. Elle avait l’intelligence pour le comprendre. Elle avait la droiture pour ne pas abandonner son camp. » Ça, c’est Fakir.

La suite est dans le premier numéro de Limite !

Paul Piccarreta

Paul Piccarreta

Directeur de la revue Limite
Journaliste indépendant
Paul Piccarreta