Que l’on soit à Ivry-sur-Seine, au cœur de la métropole parisienne, ou sur le plateau de Millevaches en Limousin, il est de même urgence de défaire la sémantique séparatiste du gouvernement. Ancrés dans ces deux lieux, les auteurs de ce texte publié dans le dernier numéro de Limite appellent à multiplier partout les îlots de résistance à l’État-marché. Extrait choisi.

«  Rester ou partir, nous gageons que les temps à venir ne laisseront guère de choix à tous ceux qui comptent pour nous. Il y aura toujours des élus qui voudront artificialiser, hybrider, immortaliser leurs corps, accumulant les expériences dont nous attendons avec impatience les lamentables ratés. « Désolé Madame, pour une raison technique indépendante de notre volonté, nous n’avons pas réussi à numériser intégralement votre grand-mère. Veuillez rappeler ultérieurement ». Quant à ceux que la cybernétique n’aura aucun besoin d’employer, nous les imaginons nombreux. Lorsque des camps de migrants immenses sont démantelés en plein Paris pour lancer des chasses à l’homme, on pressent l’image de l’humanité future. Attendons-nous à des migrations intérieures s’ajoutant aux émigrations venues d’ailleurs. Les images d’exode que nous découvrions petits dans les livres d’histoire vont peut-être redevenir réalité, des foules d’humains décidant de prendre la route. N’y a-t-il pas toujours un moment où les esclaves tentent par tous les moyens de fuir ?

Dans les Cévennes, dans le Tarn, dans les Pyrénées, à Notre-Dame-des-Landes, sur le plateau de Millevaches, en Bourgogne cistercienne et dans tant d’autres lieux il y a de la place pour les espoirs et des espoirs qui font de la place. Offrir les conditions d’émergence d’un nouveau peuple, voilà peut-être ce que nous pouvons porter depuis nos montagnes ou nos vallées. Ce ne sera pas la première fois qu’un pouvoir poussera les hommes à l’exode et il ne sera pas nouveau que des lieux comme ceux-là accueillent des exilés. N’écoutons pas les mots sinistres de ceux qui assurent qu’il y a trop d’hommes, qu’il n’y aura pas de place pour tout le monde, que les mégastructures urbaines sont désormais indispensables pour gérer l’humanité et que partir à la campagne est un trip de bourgeois. Ils pensent comme si les hommes avaient attendu le macadam pour voyager, l’horloge pour travailler et Carrefour pour s’alimenter. Et s’il est vrai que la capacité d’accueil des lieux habités est toujours limitée, il suffit de les multiplier. Il y a tant de lieux dans ce monde qui peuvent trouver preneurs.  » 

Illustration de Charlotte Guitard pour Limite.

Cet article est extrait du numéro 21 de Limite, la première revue d’écologie intégrale. L’essayer, c’est l’adopter !

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