Le catholicisme a joué un grand rôle dans la constitution de clubs de footballs en France. Si ses structures ont disparu, les « vertus théologales » du football sont toujours vivaces.

L’abbé Ernest Deschamps d’Auxerre est célèbre chez les amateurs du ballon rond. La plupart savent que c’est lui qui donne son nom au stade local. Mais d’autres se souviennent que ce prêtre a tout simplement fondé le club de football de la ville. « L’abbé Deschamps avait senti venir la loi séparant les Eglises de l’Etat », raconte le Père Joël Rignault, curé de la cathédrale Saint-Étienne, et aumônier du club. Auxerre, capitale de l’Yonne, est alors le théâtre d’une lutte sans merci entre les deux camps. En septembre 1904, le président du conseil Emile Combes, ex-séminariste devenu inspirateur de la France laïque, a harangué une foule de 2000 personnes en faveur de la séparation. « L’abbé Deschamps craignait que les jeunes catholiques n’aient plus accès aux activités paroissiales, que l’Etat allait tout confisquer. Il a donc pris les devants, et déposé en préfecture dès décembre 1905 les statuts d’une société sportive et d’éducation : l’association de la jeunesse auxerroise (AJA) », explique le prêtre. Ainsi est né ce qui est devenu le club de football de la ville. Oufootok3-page-001tre Auxerre, les clubs de Brest et Vannes doivent aussi leur existence à des initiatives de prêtres. Ces clubs fondés sur les réseaux de paroisses ont pour  nom « patronages ».

L’héritage des « patro »

Les patronages naissent formellement en France au début des années 1800, avec l’abbé Jean-Joseph Allemand, curé à Marseille. Il désire créer des « lieux où l’on joue et l’on prie », et où le sport serait un complément du catéchisme. Les patronages paroissiaux se développent surtout après la guerre de 1870, dopées par le catholicisme social. En 1898 est créée la Fédération gymnastique et sportive des patronages de France (FGSPF), qui choisit le football comme sport de référence. Entre 1900 et 1960, presque toutes les paroisses disposent d’un « patro ».

Cet âge d’or prend fin avec la concurrence des clubs laïcs, ou communistes dans le Nord. Certaines considérations pastorales de l’époque post-Vatican II ont également conduit à l’abandon ou à la sécularisation de ces structures. Quelques gros patronages sont demeurés, comme l’AJA d’Auxerre, ou celui du Bon Conseil, à Paris. En Bretagne rurale, les innombrables clubs de football amateur qui parsèment les communes, des plus petites aux plus grandes, ont pour la plupart une origine paroissiale.

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Pierre Jovanovic

Journaliste, à travaillé pour le Figaro, La Vie, La Croix, Famille Chrétienne
Membre de la rédaction