« Make our planet great again ». Suite à la décision de Donald Trump de soustraire les Etats-Unis de l’Accord de Paris sur le climat, la riposte d’Emmanuel Macron a fait mouche. Beau programme, n’est-ce pas ? Et si on l’appliquait ?

Monsieur le président,

Félicitations ! À peine votre homologue américain, Donald Trump, avait-il annoncé son intention de sortir de l’accord de Paris, négocié à la COP21, que vous avez réalisé un coup de communication de génie. Donald Trump veut rendre sa grandeur à l’Amérique (« make America great again ») ? Vous avez annoncé vouloir rendre sa grandeur à la planète (« make our planet great again »). C’est finement joué de votre part : votre intervention télévisée conclue en anglais a fait le tour du monde. Nous avons déjà écrit à quel point l’accord de Paris était insuffisant mais qu’importe. Nous voulons vous prendre au mot. Make our planet great again ? Chiche.

Le premier geste fort sera d’abandonner Notre-Dame-des-Landes. Je sais, vous venez de nommer des médiateurs pour trouver d’ici six mois une solution qui satisfasse les partisans et les opposants de l’aéroport. Seulement voilà, l’état de la planète ne peut pas faire l’objet de compromis ne fâchant personne, et on ne peut pas demander au climat d’arrêter de s’emballer pour ménager la chèvre et le chou. Le trafic aérien est à lui seul responsable de 2 à 3 % des émissions de gaz à effet de serre. La logique veut donc que, pour rendre sa grandeur à la planète, on s’oriente vers une diminution du recours à l’aviation dans l’organisation de nos vies personnelles, sociales et économiques. Inutile de construire de nouveaux aéroports, donc. Notre-Dame-des-Landes ne sert plus à rien. N’avez-vous pas écrit dans votre programme présidentiel et législatif que « l’enjeu n’est plus de construire partout des autoroutes, des aéroports et des lignes de TGV » ?

Autre pas qui sera plus dur : rompre avec le culte de la croissance. L’effondrement écosystémique en cours depuis au moins cinquante ans est en effet dû uniquement à l’action de l’homme et à son accaparement des ressources naturelles pour les mettre au service de la croissance et d’une économie puissance.

Dans la même lancée, la France aura l’audace de s’attaquer à une source d’émissions de CO2 trop peu prise en compte : les « data-centers » de l’économie dite dématérialisée.  Un livre de 2013, La Face cachée du numérique, l’impact environnemental des nouvelles technologies, (Fabrice Flipo, Michelle Dobré et Marion Michot, éditions L’Échappée) estimait « qu’un data center moyen consomme autour de quatre mégawatts par heure, ce qui équivaut environ à la consommation de 3 000 foyers américains ». Ainsi les requêtes Internet, effectuées via un moteur de recherche, représenteraient-elles 9,9 kg de CO2 par an et par internaute. Plus précisément, une simple requête sur Google consomme l’énergie requise pour faire bouillir le contenu d’une bouilloire. Et c’est sans parler du coût de l’extraction des matériaux nécessaires à la fabrication et l’entretien des serveurs, le coût humain, effroyable, mais aussi le coût écologique (pollution, déforestation). Bien sûr, cela nécessitera de renoncer à l’esprit de la « start-up nation » et au projet de transition numérique. Mais n’avez-vous pas fait savoir hier que la survie de la planète devait passer avant la protection d’intérêts économiques personnels et égoïstes ?

Autre pas qui sera plus dur : rompre avec le culte de la croissance. L’effondrement écosystémique en cours depuis au moins cinquante ans est en effet dû uniquement à l’action de l’homme et à son accaparement des ressources naturelles pour les mettre au service de la croissance et d’une économie puissance. Tout se casse la figure : les oiseaux, les insectes, les mammifères, et des fonctions naturelles vitales pour l’homme commencent à être de moins en moins bien remplies. Sans écosystèmes naturels, nous ne pouvons plus ni respirer ni manger ni boire. En deux mots : plus vivre. Or, en France, en sept ans, l’équivalent d’un département se couvre entièrement de béton, et se prive donc de sols ou zones humides fonctionnels. C’est pour cela que les écologistes s’opposent à Notre-Dame-des-Landes, aux projets de Center Parcs, et plus récemment au projet Europacity, qui consommera quelques sept cent hectares dans le Val-d’Oise. Certes, un centre commercial est, dans une certaine vision de la vitalité économique, toujours bon à prendre, mais quand ses visiteurs potentiels ne pourront plus le visiter parce que leur souci premier sera d’avoir de quoi manger et un accès à l’eau potable, il ne servira plus à rien. Sans nul doute, ces renoncements seront durs. Mais vous voulez bien rendre sa grandeur à la planète et faire tout votre possible pour qu’elle soit toujours habitable à la fin du siècle, non ? Et puisque la préservation de la planète et de ses habitants – donc de la biodiversité – est votre priorité et que vous vous êtes, de l’avis unanime de la presse, posé comme leader mondial sur le sujet, nul doute que le président de la République que vous êtes devenu ne répètera pas les erreurs du ministre de l’économie qui a accordé les permis d’extraction de sables marins en baie de Lannion.

Il reste encore quelques étapes, mais vous avez affiché tant de détermination hier soir, en vous adressant à vos concitoyens et au peuple américain, qu’il serait dommage de s’interrompre maintenant. Une telle conviction, que nous ne pouvons que louer, signe fort logiquement la fin du traité de libre-échange entre l’Europe et le Canada, le CETA, qu’un rapport récent du ministère de l’environnement déclarait non-compatible avec l’accord de Paris, cet accord que vous mettez une si grande ardeur à défendre. Vous n’oublierez pas non plus, bien entendu, la lutte contre la pollution aux particules fines et contre l’empoisonnement généralisé de l’humanité, et des êtres vivants non-humains, par les perturbateurs endocriniens. Tant pis si cela doit vous fâcher avec quelques fleurons de l’industrie française et des groupes prétendant être les seuls à même de faire fonctionner l’économie française. Votre but est bien de « make the planet great again », n’est-ce pas ?

En vérité, c’est un beau programme que vous avez annoncé hier soir, en direct, devant le monde entier ébahi. Peut-être ne soupçonniez-vous même pas à quel point il est exigeant.

Mahaut Herrmann

Journaliste indépendante
Collabore à La Vie
Membre de la rédaction de Limite