Les enfants de la révolution sexuelle se sont réveillés avec la gueule de bois : la société occidentale a produit des angoissés du sexe en ne faisant qu’inverser la norme (il est interdit d’interdire). C’est le constat que fait la sexologue Thérèse Hargot dans son essai, Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque), qui sort le 4 février, aux éditions Albin Michel.

Depuis ses trois postes d’observation (femme de 30 ans, sexologue auprès des adultes et éducatrice à la vie affective et sexuelle auprès des adolescents), elle offre un point de vue original sur notre société et sa perception de la sexualité, étayé par de nombreux témoignages. Pornographie, pilule, avortement, féminisme, stéréotype de genre… La sexologue fonce dans tous les tabous et appuie là où ça fait mal. « Le terrain est miné, on m’avait prévenu », reconnaît-elle au début de son livre, sans pour autant renoncer à sa liberté de ton, au contraire.

Derrière le discours promouvant la fin de la norme se cache en fait un « conformisme affligeant ». « En passant d’un extrême à l’autre, on n’a seulement changé la perspective. » En réalité, la société véhicule toujours un rapport normatif à la sexualité : il faut jouir, il faut multiplier les expériences sexuelles, il faut se mettre en couple, il faut choisir son orientation sexuelle et l’afficher…

Au-delà de cette multitude d’injonctions angoissantes, le discours hygiéniste sur la sexualité, qui a succédé au discours moralisateur, s’avère être un échec cuisant. « Sortez couverts », nous a-t-on rabâché. Les « années sida » ont ainsi donné place à une conception uniquement technique de la sexualité, empreinte d’une culture du danger. Sauf que cela ne marche pas. La sexologue est bien placée pour le savoir. Cela ne suffit pas à des adolescents qui n’ont qu’une envie : transgresser les règles.

On a tout fait pour éviter les questions existentielles qui sont pourtant au cœur de la sexualité, relève-t-elle tout au long de son livre. La « mentalité du tout pilule », à laquelle Thérèse Hargot consacre un chapitre, en est la preuve. Cette  « nouvelle technologie » a neutralisé tout savoir sur le corps et la fécondité. Elle a finalement conduit à un contrôle de la sexualité féminine par l’industrie pharmaceutique. On a fait mieux en terme de libération de la femme.

Une société se juge à l’état de sa sexualité, aurait pu écrire Camus…

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Sixtine Fourneraut

Journaliste indépendante (Aleteia, La Vie)