Le scandale Volkswagen est-il tombé au meilleur moment ? Le 18 septembre, le trucage des moteurs pour satisfaire aux normes américaines anti-pollution a été révélé au monde entier. Un peu plus de deux mois avant le début de la COP21, cette révélation de la fraude confortent les sceptiques dans leurs doutes. D’autant plus que la comédie dure depuis 2007. Synthèse, analyse, et enjeux d’un scandale écologique et moral.

De quoi s’agit-il exactement ?

Tout est parti d’un logiciel installé par Bosch sur les voitures Volkswagen pour passer les tests de contrôle du respect des normes anti-pollution américaines, notamment la limitation du rejet de NOx dans l’atmosphère. Dès 2007, a révélé le quotidien Bild, Bosch avertissait Volkswagen de l’illégalité de la petite merveille. La sonnette d’alarme a également été tirée en interne en 2011. Mais il a fallu attendre 2014 et les travaux de chercheurs de l’Université de Virginie Occidentale pour que les autorités américaines soient saisies du problème, avant que Volkswagen admette l’entourloupe début septembre 2015. The Guardian a admirablement résumé l’affaire le 22 septembre :

« Comme la grenouille qui cuit lentement, le monde s’est progressivement habitué au brigandage de ses banques. […] C’est l’arrière-plan devant lequel un fabricant international renommé – et l’un des emblèmes du capitalisme productif allemand – a été pris en train de faire quelque chose qui ferait rougir le banquier le plus éhonté. » Rappelons au passage que les normes antipollution américaines sont beaucoup plus strictes que les européennes, ce qui fait redouter l’ampleur d’une éventuelle fraude similaire en Europe.

Avec l’oxyde d’azote (ou NOx), c’est deux problèmes pour le prix d’un. Non seulement il est irritant pour les bronches, agit sur l’apport d’oxygène par le sang et affaiblit la résistance des voies respiratoires aux microbes, mais en plus c’est un gaz à effet de serre indirect, c’est-à-dire qu’il se combine avec d’autres gaz pour former des gaz à effet de serre direct). Autant dire une paille. Quel est l’impact réel de la fraude ? The Guardian a publié, toujours le 22 septembre, une étude suggérant qu’elle pourrait avoir causé chaque année presque un million de tonnes de pollution supplémentaire, soit pas loin du total des émissions combinées des centrales électriques, des véhicules, de l’industrie et de l’agriculture du Royaume-Uni.  Tout cela sans prendre en compte les émissions en Europe, où le diesel est bien plus répandu qu’aux États-Unis.

L’industrie, sponsor officiel de la COP21

Un bon scandale environnemental au moment où les derniers États se font tirer les cheveux pour soumettre leurs propositions d’engagements pour réduire l’émission de gaz à effet de serre, voilà pile ce dont la COP21 avait besoin pour augmenter sa cote auprès du public. Certes, la COP21 rassemble des gouvernements et pas des entreprises, et la pression sera sur les dirigeants politiques et pas sur les patrons de multinationales industrielles. Mais à quoi rime l’engagement d’un État si ses entreprises trichent et font tout ce qu’elles peuvent pour se débiner de l’effort collectif contre le réchauffement ? D’autant plus que la COP21 a besoin de généreux mécènes pour boucler son budget. Et qui trouve-t-on parmi eux ? BNP Paribas, qui, comme le rappelait Reporterre en mai, « a financé depuis 2005, directement ou non, pour plus de 15 milliards d’euros de projets dans le secteur du charbon, l’énergie fossile la plus émettrice de CO2 ». Ou encore Engie, ex-GDF Suez, qui investit dans le gaz de schiste, grand émetteur d’un autre gaz à effet de serre, le méthane. Mais aussi Renault-Nissan, dont Reporterre révélait fin septembre la place de « champion d’Europe » de la pollution aux oxydes d’azote . Quand des pollueurs privés sponsorisent la grand-messe de la lutte publique contre la pollution, faut-il s’étonner que 60% des français prédisent un échec de la COP21 (sondage Puf-Odoxa pour I-Télé des 10 et 11 septembre) et que 71% des jeunes – dont un tiers seulement avait entendu parler du sommet avant le sondage – ne pensent pas qu’elle atteindra ses objectifs (sondage Puf-Odoxa réalisé du 7 au 11 septembre)  Avec de tels sponsors, comment s’étonner que les États fassent tout ce qu’ils peuvent pour « tricher sur leurs objectifs de réduction de gaz à effet de serre » ?  Quand  ils ne le font pas, ils (la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne) sont suspectés de lobbying intense pour que les tests de respect des normes antipollution soient les plus bidon et les moins gênants possible pour les constructeurs automobiles. Cela n’empêche pas la COP21 d’affirmer sur son site que « les entreprises contribuent directement ou indirectement au réchauffement climatique et sont donc naturellement des acteurs incontournables dans l’élaboration de solutions efficaces qui permettront de rester sous la limite d’une augmentation des températures de +1,5 à +2°C ».

C’est tout ? Non. The Guardian, encore et toujours (qui fait le boulot), a révélé ce lundi que l’agence gouvernementale britannique chargée de vérifier les bonnes pratiques de l’industrie automobile après le début du scandale Volkswagen est financée aux trois-quarts … par l’industrie automobile.  Pendant ce temps, en France, le gouvernement (le même qui accorde des permis de forage pétrolier à deux mois de la COP21 ) annonce des tests aléatoires … sur une centaine de véhicules.

Tout cela donne de nombreuses raisons de soupçonner que les débats de la COP21 seront aussi fantoches que les tests sur les voitures. On veut bien sauver le climat, mais pas au point d’inquiéter les marchés.

De Santa Cruz à Paris, debout !

Quelle conclusion tirer de cette farce sinistre ? Ce ne sont pas les gouvernants et leurs petits arrangements entre amis qui sauveront le climat, mais les citoyens mobilisés. Ça tombe bien, la mobilisation populaire se prépare et elle sera massive. Les chrétiens peuvent et doivent en prendre leur part. Le pape François n’avait pas peur de les y appeler à Santa Cruz, lors de la deuxième rencontre mondiale des mouvements populaires en juin 2015 : « j’ose vous dire que l’avenir de l’humanité est […] aussi, dans votre participation, en tant que protagonistes, aux grands processus de changement, changements au niveau national, changements au niveau régional et changements au niveau mondial. » Et pour ceux qui n’auraient pas compris le message, il en a remis une couche devant l’ONU en septembre : « toute atteinte à l’environnement est une atteinte à l’humanité ». Des chrétiens du monde entier se préparent à marcher vers Paris et dans les rues de la capitale pendant la COP21. À nous de jouer.

Mahaut Herrmann

Journaliste indépendante
Collabore à La Vie
Membre de la rédaction de Limite