« Indépendamment de toute prévision catastrophiste, il est certain que l’actuel système mondial est insoutenable de divers points de vue », écrit le pape François dans Laudato Si (61). Si tout est plié, à quoi bon agir encore ?

Ouvrir les yeux

Chaos ? Extinction ? Effondrement ? Quand les scientifiques eux-mêmes emploient un vocabulaire apocalyptique, il est peut-être temps de se poser les bonnes questions. De fait, l’expression « crise écologique » semble ne plus suffire à décrire ce qui se passe, comme si déjà quelque chose d’irrémédiable, un basculement définitif, s’était opéré. « Nous ne vivrons plus sur la même planète », résume le collapsologue Vincent Mignerot dans l’entretien qu’il nous a accordé. La « crise » en effet implique une possibilité de retour à la normale, une rémission qu’il est possible d’espérer. Sans doute, hélas, n’en sommes-nous plus là.

Rapport après rapport, des mots menaçants, alarmistes, reviennent. Non pas tant sous la plume de quelques éditorialistes à scandale, mais sous celle de scientifiques, de spécialistes de la nature ou du climat, effarés par les résultats de leur propre discipline. Chaque année oriente les prévisions vers les pires scénarios de dérèglement climatique. Chaque saison confirme que nous sommes bien entrés dans la sixième extinction animale de masse et que celle-ci s’accélère : soixante pour cent des animaux se sont effacés du globe en quarante-cinq ans. Alors même que la science découvre quels liens étroits, inextricables nous unissent à toutes les autres formes de vie et combien vain est l’espoir d’être la seule espèce à survivre, cette vie se retire de notre monde à la vitesse d’un bulldozer au galop. Et, trop souvent, nous détournons le regard. (…)

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Gaultier Bès et Johannes Herrmann

Gaultier Bès est enseignant agrégé de lettres, directeur adjoint de la rédaction de Limite.
Johannes Herrmann est membre de la rédaction, auteur de La Vie oubliée (Première Partie).

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