« L’utilisation de hauts quanta d’énergie a des effets aussi destructeurs pour la structure sociale que pour le milieu physique » : dans Énergie et Équité (1973), Ivan Illich applique le concept de contre-productivité à la circulation. Et oppose, à l’aliénation automobile, la liberté du cycliste!

Homo assistus

La plupart des décideurs semble prendre comme une donnée intangible l’augmentation constante – voire exponentielle – des besoins énergétiques mondiaux. Pourquoi? Tout simplement parce que la croissance économique et financière passe forcément par l’augmentation des échanges de biens et de services qui, à leur tour, induisent une augmentation de la demande énergétique.

Dans son essai Énergie et Équité, le penseur Ivan Illich voit dans cette fuite en avant la conséquence d’une certaine vision anthropologique: le bien- être de l’homme, fondamentale- ment né pour être assisté, serait à la mesure du nombre d’esclaves qu’il aurait à son service. Les machines ayant remplacé avantageusement le prisonnier d’autrefois, on assiste à l’émergence d’une espèce d’homo assistus dont le bonheur serait proportionnel à la consommation d’énergie.

Deux visions principales semblent alors s’opposer. Premièrement, un mouvement techno-enthousiaste pour qui l’accès à toujours plus d’esclaves énergétiques est ce qui permettra une réduction à terme des inégalités et des injustices. Deuxièmement un mouvement techno-sceptique, bien conscient de la naïveté d’une telle vision et des problèmes liés à la boulimie énergétique qu’elle engendre. Celui-ci prône une sobriété énergétique et appelle à l’instauration de limites « pour survivre » – quitte à se priver de certains bénéfices et plaisirs.

Ralentir pour mieux vivre

Ivan Illich propose une approche différente: il affirme que des limites, si elles étaient intelligemment posées, nous permettraient non seulement de sur- vivre, mais surtout de bien et de mieux vivre.

L’évolution des modes de circulation en donne une bonne illustration. En opposant le transit (locomotion autogène, c’est-à-dire propulsée par l’énergie humaine) au transport (toute forme de déplacement ayant recours à d’autres sources d’énergie), il montre ce que la civilisation industrielle nous a fait gagner, mais surtout ce qu’elle nous a fait perdre. Accélération rime avec « pollution », « béton », « aliénation », mais aussi avec « bouchons » !

[La suite de cet article est à lire dans le 16ème numéro]


Pour lire le seizième numéro de la revue Limite, rendez-vous en ligne ou en librairie. En vous abonnant vous soutiendrez la première revue d’écologie intégrale !