La semaine dernière, Limite a publié 5 entretiens sur la grève. Pour ses lecteurs oisifs, la rédaction les compile ici. Bonne lecture !

Pierre-Yves Gomez : « Il y a une atmosphère de grève générale et une réalité de cette grève. L’atmosphère exprime une angoisse et une colère diffuse face au fatalisme économique et à la perte de sens de nos sociétés post-industrielles. Le mythe du progrès salvateur qu’agitent les élites se heurte à la réalité de la vie matérielle de populations qui n’y croient plus soit parce qu’elles se sentent exclues de ses effets, soit parce qu’elles assistent à la dévastation de leur environnement ou de leur mode de vie. Je pense que cette atmosphère de grève parle de cela et c’est pourquoi la grève notamment des transports reste acceptée pour une petite majorité de Français, ceux-là même qui vont en subir les conséquences. Car le chaos qu’elle suscite met en spectacle le chaos social que l’on ressent. »

Aurélien Bernier : « Le mouvement syndical s’est marginalisé tout seul au moment des gilets jaunes et a vu sa stratégie de mobilisations sectorielles se solder par un échec. Les syndicats sont efficaces à partir du moment où ils reprennent les choses en main au niveau des entreprises et essayent de coordonner des actions collectives à cette échelle. Leur rôle est aussi de montrer qu’il y a une cohérence dans l’action gouvernementale, que la casse du service public ferroviaire comme la réforme des régimes de retraite proviennent de la même logique idéologique. Les syndicats n’ont certainement plus le monopole de l’action sociale mais ils garderont une place prépondérante s’ils arrivent à s’adapter aux nouvelles modalités de mobilisation. »

Bernard Friot : « Le régime tel qu’il existe aujourd’hui, qui couvre les trois-quarts des pensions, est un régime qui n’est pas la contrepartie de cotisations passées, mais la poursuite d’un salaire de référence. Il pose les retraités non pas comme d’anciens travailleurs, mais comme des travailleurs titulaires de leurs salaire. Ce qui ne veut pas dire que l’on est tout le temps au travail, mais que nous sommes reconnus – jeunes et vieux – comme des travailleurs en capacité et en dignité de produire. Nous ne sommes pas seulement utiles, mais productifs. »

Dany-Robert Dufour : « Le gouvernement dit : « Il y a quarante régimes différents, dont des régimes spéciaux. Et nous, soucieux d’égalité, voulons que pour chaque euro cotisé il y ait le même rendement au moment de la retraite. » Le gouvernement affiche donc une position égalitaire : que tous soient égaux devant la retraite. Très bien, je ne suis pas contre. Seulement je crois que le gouvernement fait de la rhétorique pour vendre la réforme. Parce que si le souci égalitaire existait, il existerait non seulement au niveau des retraites mais aussi dans les autres domaines, pour permettre la réduction des inégalités trop criantes. »

François-Xavier Bellamy : « L’idée générale de cette réforme est d’établir un système par point, cela me semble assez caractéristique d’une forme de rêve technocratique. On voudrait avoir une sorte de jardin à la française, une forme de régime uniforme et parfait, alors qu’en réalité la diversité des métiers, des parcours et des expériences de vie fait que paradoxalement, l’uniformité est la pire inégalité. La réforme telle qu’elle se dessine peut nous conduire à créer de grandes fragilités, de grandes injustices. »

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