Ce week-end, la maison de formation en théologie des frères et sœurs de la Communauté Saint Jean, organise un colloque : quelle théologie de la création face au défi écologique ? Ce colloque se déroulera à Rimont (Saône-et-Loire), le samedi 14 et le dimanche 15 décembre 2019, avec une journée de préparation le vendredi 13 décembre. Le frère Martin nous présente cette initiative.

Pourquoi aurions-nous besoin d’une théologie pour faire face à l’urgence écologique?

 On peut faire déjà beaucoup pour sauvegarder la planète et ses divers habitants, sans une théologie de la création. Mais si j’ai découvert – comme croyant, ou même comme philosophe – l’existence de Dieu, alors le fondement le plus important pour répondre aux divers défis écologiques se trouve en Dieu. En effet, le Dieu Créateur est à l’origine de ce que nous voyons et dont nous constatons la fragilité. Il y a une urgence aujourd’hui à repenser l’ordre qui existe dans le monde, et à y situer la juste place des hommes et des femmes, dans l’exercice de leur responsabilité sur l’ensemble de la création. Cela correspond en fait à la mission confiée par Dieu à l’humanité, tel que le rapporte le début de la Bible, dans le livre de la Genèse: « remplissez la terre et dominez-la » (Gn 1, 28). Une saine théologie de la création montre qu’une telle domination n’est pas une exploitation sans frein, mais une mise en valeur pour le bien du monde créé, comme à l’époque de la Bible un roi bienveillant le ferait pour son peuple. La réflexion sur ce thème n’est pas superflue, car ce sont (en partie) les idées qui mènent le monde

La tradition chrétienne n’a-t-elle pas déjà développé une « théologie de la Création »?

Bien sûr, on n’a pas attendu la crise écologique pour développer une théologie chrétienne de la Création. Mais toute théologie se développe dans un contexte particulier, et est stimulée par les défis du moment. On voit aujourd’hui une efflorescence nouvelle de réflexions en théologie sur le cosmos, l’écologie, comme le montrent par exemple les apports de Fabien Revol et François Euvé. Ces deux penseurs interviendront à notre colloque, pour témoigner de la vitalité de la réflexion théologique sur ces thèmes aujourd’hui. Il faut ajouter que la théologie en langue anglaise a beaucoup produit sur le sujet, depuis environ cinquante ans. On ne peut plus faire une théologie de la création sans intégrer tous ces développements récents. Pour autant, la tradition chrétienne, et en particulier la théologie de la création d’un saint Thomas d’Aquin, garde sa pertinence, pour nous aider à réfléchir en profondeur. C’est pourquoi nous avons aussi invité un théologien dominicain, le P. Emmanuel Perrier, spécialiste de saint Thomas d’Aquin et de sa théologie de la création, pour nous éclairer sur l’actualité d’une telle théologie.

A qui s’adresse ce colloque ?

Tous ceux qui sont intéressés par le débat d’idées, pour éclairer les décisions à prendre dans le domaine de l’écologie. Nous avons voulu confronter la théologie de la création de Thomas d’Aquin aux nouveaux défis écologiques. L’enjeu est de ne pas faire table rase du passé (la tradition chrétienne, par définition, ne le fait jamais), tout en acceptant de s’ouvrir à de nouvelles problématiques. La révélation biblique est suffisamment riche pour permettre des types inédits d’exploration de son contenu! C’est ce que nous aimerions vivre et montrer pendant ce colloque.

On sait votre communauté à un tournant majeur après la reconnaissance de la déviance de son fondateur. Pensez-vous que la conversion écologique puisse être, pour vos frères et vos sœurs, une manière d’accompagner ce nouveau départ ?

En premier lieu, j’ai envie de dire que nous voulons respirer toujours plus avec l’Eglise, qui s’ouvre comme jamais à ces problématiques de l’écologie. Je pense bien sûr au pape François et à son encyclique Laudato si’, mais aussi ses prédécesseurs et Paul VI notamment. Dans son discours à la FAO, en 1970, Paul VI demandait : « L’heure est maintenant venue pour [l’homme] de dominer sa domination » sur la nature.

En second lieu, « dominer sa domination » est une bonne formulation également pour lutter contre les abus de toute sorte. La préservation de l’environnement ne peut s’isoler évidemment du respect de tous ceux que nous rencontrons et vis-à-vis desquels nous portons une responsabilité. Cela rejoint, je crois, le souci d’écologie intégrale qui anime l’Eglise aujourd’hui, ainsi que votre revue.

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