Le quartier européen de Bruxelles est devenu en quelques années une planète coupée du reste de la capitale belge, où les jeux d’influences de quelque 25.000 lobbyistes se déroulent en vase clos. Reportage dans la capitale mondiale de la frite.

Déambuler à l’intérieur du Parlement européen confirme l’impression qu’offre, au cours des quelques centaines de mètres que l’on parcourt entre la station de métro Trône et le gigantesque bâtiment vitré, la vue qui est offerte aux quelque 5.000 personnes qui s’y rendent chaque jour. Le Paul-Henri Spaak, du nom du « Père de l’Europe » dont on a baptisé le gigantesque édifice, a tout d’une soucoupe volante. Avec sa forme circulaire et son toit cylindrique en forme de dôme, l’ensemble postmoderne bruxellois où se concentre l’essentiel de l’activité des députés européens en offre du moins la même autonomie. On peut même, par des tunnels vitrés enjambant les routes qui l’entourent comme des tentacules, accéder aux bâtiments adjacents sans traverser la rue.

Tout y est prévu. Les bureaux des députés sont propres, fonctionnels, tous identiques ; il y a un hémicycle et des salles de réunions pour les groupes politiques ; des plateaux télévisés et des zones d’interview déjà délimitées ; et, évidemment, des restaurants pour déjeuner… Ou pour se rencontrer, comme au Mickey Mouse. Ce snack du Parlement dont les sièges colorés dessinent la silhouette de la célèbre souris est connu comme un lieu de rencontre entre conseillers de députés et lobbyistes. Ils sont 7.246 à disposer d’un badge d’accès au Parlement, car ils s’y sont officiellement déclarés. Les autres, à l’extérieur, opèrent dans l’opacité. Au total, ils seraient quelque 25.000, selon une estimation de Transparency International, à garnir les bâtiments du quartier pour influencer les décisions des trois grandes institutions de l’Union européenne (UE) basées à Bruxelles – le Parlement, la Commission et le Conseil des ministres. Rue Belliard, rue de Trèves, avenue de Cortenbergh : les longues rangées d’immeubles de ces rues paisibles abritent, presque à chaque numéro, des bureaux consacrés au lobbying. Il y a, bien entendu, les mastodontes que sont les multinationales représentées trois fois : sous leur nom, à travers l’organisation qui représente les intérêts de leur secteur, mais aussi via des cabinets de conseil qu’elles rémunèrent pour élaborer leur stratégie.

Illustration de Marie-Anne Bezon

Cet article peut être lu en entier dans les pages politique du 17ème numéro de Limite !


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