A une époque où les frontières entre comédie et politique n’ont jamais été aussi poreuses, l’homme politique faisant souvent plus rire ses concitoyens que le comédien, rien ne semble plus douteux et ironique qu’un discours politique.

Ce constat est celui du Discours du président, première pièce de théâtre de Joseph Darantière : la parole politique est tout autant en crise que notre modèle économique et social, et c’est parce que le monde politique ne sait plus ou ne peut plus dire les choses sans nous faire esquisser un sourire que l’autorité et le pouvoir s’essouffle.

Poussant cette logique jusqu’à l’extrême, Joseph Darantière, inspiré par ses illustres prédécesseurs (de Pierre Dac à Alexandre Astier) imagine dans cette pièce la réunion de crise d’un gouvernement fictif au palais de l’Elysée. Tous les ministres sont là, leur maroquins sous le bras, préparant le discours qui devra changer la donne et redonner espoir aux Français, qui, semble-t-il, n’espèrent plus rien de rien. Mais dans leur monde d’éléments de langage et de discours médiatique vain et creux, quelque chose va se passer enfin. Au moment où le spectateur se mettrait à rêver d’un grand acte de bravoure comme dans le Discours d’un roi, la parole politique va ici bien au contraire se pulvériser et la langue de bois s’enflammer : c’est que le grand méchant rire est passé par là.

Attention, on est loin du rire médiocre et suspect des persifleurs et autres comiques politiciens de notre temps. C’est un rire humble et populaire, rire irrésistible d’un spectateur qui ne comprend plus rien mais se réjouit de l’hallucinante autodestruction du verbe politique. Bien heureusement, cette pièce ne se la joue pas contre-pouvoir vaillant et médiatique, sans doute parce que dans ce cas, comme le disait Desproges, il vaudrait « mieux se taire et passer pour un con que de parler et de ne laisser plus aucun doute sur le sujet ! »

Cette troupe est montée par l’association « Le Parti d’en rire ». L’auteur, Joseph Darantière, a écrit cette comédie alors qu’il était en Colombie pour un projet humanitaire. Les bénéfices de la pièce seront reversées à l’association Martin de Porres pour laquelle notre auteur était bénévole. La mise en scène est réalisée par Françoix-Xavier Joyeux, fort de ses nombreuses expériences théâtrales.

Le théâtre du Passage vers les étoiles, situé au 17 cité Joly, dans le XIe arrondissement de Paris, ouvre ses portes à nos jeunes comédiens pour 5 belles soirées de spectacles.

5 représentations de cette comédie politique inédite les 8, 9, 12, 13 et 14 avril prochains à Paris.

Prenez vos places ici.

Camille Dalmas

Chef de rédaction Culture et Web de la revue Limite.

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