« Protéger l’environnement, c’est stimuler la productivité » a déclaré le Président chinois le 3 septembre 2016 à l’occasion de la ratification de l’accord de Paris sur le climat. Face à cette sortie plus que « limite », votre revue préférée vous prépare une rentrée très « Limite » !

Beaucoup se félicitent, et peut-être avec raison, de la ratification par la Chine et les Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat, lequel avait été conclu à l’issue de la COP 21 de décembre dernier. Annoncée le 3 septembre 2016 à la veille du G20, cette décision concomitante des deux plus grands pollueurs de la planète[1] représente certainement une avancée « encourageante » – tel est l’épithète unanimement employé – voire « historique », pour les plus optimistes. Selon le futur-ex Président des Etats-Unis, elle sera perçue par les générations futures comme « le moment où nous avons enfin décidé de sauver notre planète ». Une sortie pour le moins « limite », Mister President

Et nul besoin d’aller chercher chez un écolo radical un zeste de contradiction à cette proclamation grandiloquente. Le Président chinois, à l’occasion d’une prise de parole devant des chefs d’entreprises, de déclarer : « Les montagnes vertes et l’eau claire sont aussi bonnes que les montagnes d’or et d’argent. Protéger l’environnement c’est protéger la productivité, et améliorer l’environnement, c’est stimuler la productivité.»

On peut remercier Xi Jinping…

On peut remercier Xi Jinping pour la clarté de ses intentions. L’objectif avoué de la COP 21 ne consiste pas à protéger l’environnement en soi, dans une démarche éthique soucieuse de l’homme, mais à « stimuler » la production de bien et services. Compte tenu de la catastrophe écologique qui sévit dans en Chine (4000 morts par jours pour la seule pollution atmosphérique), il n’est pas étonnant que pour doper la croissance, le gouvernement soit disposé à prendre des mesures anti-pollution, et ce afin de permettre des conditions de production moins invivables. De surcroît, la Chine ambitionne d’assoir sa position de leader mondial de l’énergie verte – elle est aujourd’hui le principal exportateur mondial de panneaux solaires. En résumé, s’il fallait encore convaincre quelques naïfs, l’environnementalisme COP 21 n’est qu’un productivisme green-washé.

Certes, on pourrait rétorquer que cet accord vaut toujours mieux que rien. Certes. Mais il doit surtout faire prendre conscience de l’aveuglement de la logique productiviste. Pour preuve, alors que l’Empire du milieu s’est engagé à coup de milliards dans les énergies dites « propres », le chantier de cent cinquante centrales à charbon a été lancé l’an dernier …sans parler de l’exploitation des gaz du schiste de l’autre côté du Pacifique. Vous comprenez, la machine doit continuer à tourner. Et cette question des gaz à effet de serre ne doit en rien occulter les autres problématiques environnementales : pollution de l’eau, déforestation, 29 % des espèces animales et végétales menacées[2], désertification, etc. Cette liste à la Prévert attend elle aussi sa COP 21.

L’activité humaine, une source géologique en soi ?

Hasard des calendriers, quelques jours avant l’annonce de cette ratification, le Congrès géologique international a livré ses conclusions quant à la réalité de l’Anthropocène[3]. Ce concept prétend que depuis la moitié du XXème siècle, l’activité humaine est devenue une force géologique en soi, capable de modifier le cours des fleuves, les courants des océans, le climat et l’ensemble des éléments. L’Holocène, période interglaciaire commencée il y a 11.700 ans, aurait laissé sa place à une nouvelle ère, celle de l’homme, ou plus exactement, celle du démiurge. A l’occasion de son congrès réuni en Afrique du Sud, le rapport du groupe de travail sur l’Anthropocène, fruit de sept ans de recherches effectuées par trente-quatre scientifiques, est adopté à l’unanimité. Ce vote du 29 août 2016 constitue une avancée considérable dans la reconnaissance de cette hypothèse géologique. Il faudra encore trois à quatre ans de procédure pour établir un consensus autour de cette hypothèse mais cette étape n’en est pas moins cruciale. Clin d’œil railleur à la futilité de l’accord sur le climat, cette actualité scientifique doit une nouvelle fois nous convaincre de l’évidence : arrêtez-tout ! Il faut stopper la machine avant qu’elle ne nous détruise. Et ceci n’est pas un vœu pieux, il existe une alternative à la démesure ; ce n’est ni plus ni moins le programme de votre revue préférée.

Face à l’hybris de l’homme qui se traduit en force tellurique, il apparaît urgent de ne pas désespérer. Face à un tel mouvement, il convient d’opposer une autre puissance tectonique, celle de l’esprit, capable elle aussi de déplacer des montagnes. Alors très modestement, sans illusions, mais plein d’espérance, votre revue « de combat culturel et politique » est plus que jamais engagée dans la voie de l’écologie intégrale. Pour l’Homme, par l’Homme, et cela passe nécessairement par son environnement.

Très prosaïquement, Limite fourbit ses armes pour la rentrée : numéro 4 en cours d’impression, formule abonnement en cours d’élaboration, nouveau site internet en préparation… Nous n’en dévoilons pas davantage mais vous l’avez compris, la rentrée sera très « Limite » !

xxxxxxxxxxxxxx

[1]  La Chine est responsable de 28 % des émissions mondiales de gaz carbonique (CO2), les Etats-Unis de 15,5 %.
[2] http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/09/04/la-biodiversite-mondiale-disparait-a-grande-vitesse_4992382_3244.html
[3] http://www.actu-environnement.com/ae/news/anthropocene-nouvelle-epoque-geologique-27430.php4

Grégoire Deherr

Redacteur en chef de revuelimite.fr

Les derniers articles par Grégoire Deherr (tout voir)