Qu’y-a-t-il dans l’Euro de Football qui fait défaut à l’Union européenne? Le jeu, la communauté, et la simplicité  répond Fabrice Hadjadj dans l’hebdomadaire suisse L’écho magazine.

L’Angleterre a choisi de sortir de l’Union Européenne, en revanche elle n’a pas du tout voulu sortir de l’Euro 2016. Dans le premier cas, que l’on appelle « Brexit », cela s’est fait par référendum démocratique, selon la loi de la majorité, et, malgré cela, la décision est contestée, Londres même menaçant de faire sécession. Dans le second, que l’on appelle « élimination en huitième de finale », cela s’est fait par force, à travers l’exploit inattendu de l’Islande, et, néanmoins, personne ne songe à contester cette élimination, laquelle emporte l’unanimité lors même qu’aucun Anglais ne la désire ! Voilà qui est paradoxal. Comment comprendre que l’aristocratie sportive soit plus convaincante que la démocratie directe ? Et pourquoi l’UE échoue-t-elle là où l’UEFA triomphe ? Qu’est-ce qui oppose ces deux manières de former la communauté européenne pour que la première soit une affaire d’experts habillés en démocrates, et que la seconde soit une joie populaire devant les maillots d’une élite nationale et sexiste (puisqu’il ne s’agit que de joueurs masculins) ?

On pourrait objecter que la comparaison n’a pas lieu d’être. L’Union Européenne est une chose très sérieuse, née après deux Guerres Mondiales, pour sortir de l’horreur d’un siècle d’inimitié franco-allemande. Le Championnat d’Europe de Football est un divertissement, et son caractère populaire, transposé en politique, dériverait vers un dangereux populisme (encore qu’ici la xénophobie soit absente, l’immigré se montrant parfaitement intégré lorsqu’il joue dans l’équipe, quand le parfait autochtone est sévèrement critiqué sitôt qu’il joue mal). Il convient ici de distinguer ici les « objets formels », comme diraient les dominicains de Fribourg. Cela ne veut toutefois pas dire qu’on ne puisse pas tirer de leçons de ce parallèle.

1° Quant au résultat, les règles de foot sont claires, alors que celles de « Bruxelles » sont illisibles pour le commun, et rendent invisibles le fairplay.

2° L’identification se fait spontanément dans l’UEFA, parce que la Coupe d’Europe reste celle d’une Europe dite « des Nations » (je préfèrerais dire « des patries »).

3° Dans l’UEFA, il y a du jeu, de la vie, des buts qui font prouesse ; dans l’UE, on ne perçoit qu’un processus automatisé par les nécessités de la globalisation.

4° Sur un terrain de foot, il n’est pas interdit de faire le signe de croix, et l’on sait, à ce haut niveau de jeu, que si l’effort vient des joueurs, la victoire reste contingente et paraît toujours être un don des dieux – chose ignorée des technocrates.

On peut se réjouir ou se lamenter du Brexit. Il a du moins cet avantage de réintroduire du jeu.

 

 

 

Fabrice Hadjadj

Philosophe. Directeur de l'Institut Philanthropos en Suisse.
Conseiller éditorial de la revue Limite