« Quand le Tour de France passe, la France est sur le pas de la porte » disait Tristan Bernard. Si la Grande Boucle passionne (un peu) moins qu’avant, elle continue d’en dire beaucoup sur la société française…et sur notre rapport aux limites.

Le premier Tour de France s’élance en 1903 et part de Montgeron en région parisienne. Pris en charge par de puissants sponsors notamment par son organisateur le journal L’Auto, le Tour de France cycliste connait rapidement un grand succès populaire. Les premiers scandales de tricherie n’entament guère son ascension. Les Français apprécient les exploits épiques et les tragédies des « forçats de la route », selon le titre de l’ouvrage d’Albert Londres rédigé en 1924, forçats dont les efforts demandés légitiment pour longtemps popularité et réussite sociale. Le succès populaire ira s’intensifiant accompagnant celui du sport cycliste. Dans les années 1950, l’opposition Coppi-Bartali électrise l’Italie entre « Gino le Pieux » et un Fausto Coppi engagé dans une relation adultérine et soutenu par une frange plus libérale de la population. La France des années 1960-1970 verra en Raymond Poulidor le représentant d’une paysannerie modeste, plutôt malchanceuse et perdante face à la modernité.

Champion amélioré ou champion bio ?  Les sports d’endurance à la croisée des chemins

Le dopage a toujours existé dans le cyclisme comme le décrivait Albert Londres dès les années 1920. Durant les Trente Glorieuses, les recours aux amphétamines était monnaie courante dans le peloton. Toutefois, l’invention puis la généralisation de l’EPO artificielle dans les années 1990 changent la donne. L’EPO est une hormone naturellement fabriquée par les reins et le foie pour stimuler la fabrication de globules rouges afin de transporter l’oxygène vers les organes. Sa production synthétique, mise sur le marché au début des années 1990, était initialement destinée aux insuffisants rénaux ou aux patients souffrant de grave anémie.

Business aidant, le dopage devint industriel afin d’optimiser les performances et  de réduire les défaillances humaines qui faisaient pourtant l’une des beautés de ce sport. Les scandales Festina, Puerto et Armstrong révélèrent l’ampleur du désastre.

Détournée de son sens, elle fut rapidement  utilisée dans les sports d’endurance. Désormais, il devenait possible à un coureur moyen de devenir un champion, à un sprinteur ou à un rouleur de devenir un grimpeur. Les cols devinrent escaladés par certains coureurs les bouches fermées. Dans son livre Nous étions jeunes et insouciants, Laurent Fignon regrette que les hiérarchies naturelles en fussent bouleversées. Business aidant, le dopage devint industriel afin d’optimiser les performances et  de réduire les défaillances humaines qui faisaient pourtant l’une des beautés de ce sport. Les scandales Festina, Puerto et Armstrong révélèrent l’ampleur du désastre.

En 2017, tout espoir est-il vain pour cette compétition sportive qui fait partie intégrante de notre patrimoine français ? Bon gré, mal gré, il semble que de réels efforts aient été faits pour permettre au cyclisme de retrouver sa crédibilité. La multiplication des contrôles et des affaires a semble-t-il nettement fait baisser le dopage. Il était temps. De nouveaux produits apparaissent aux effets terrifiants. Ainsi, l’acadésine ou AICAR, qui augmente la masse musculaire et brule les graisses sans le moindre effort et provoque une amélioration sensible des performances physiques. De l’ordre de 40% chez les rats de laboratoire ! Par ailleurs, dans un horizon de temps assez faible, le dopage génétique deviendra vite une réalité permettant d’envisager des champions améliorés : un transhumanisme qui serait appliqué au sport spectacle.

Les sports d’endurance sont donc à la croisée des chemins. La société civile peut jouer un rôle pour les aider à prendre la bonne voie. Parce que nous ne sommes pas que des spectateurs passifs devant notre canapé, il nous faut être exigeant. Parce que le Tour de France, qui est l’évènement le plus médiatisé des sports d’endurance, fait partie de notre Histoire ; il serait dommage de le laisser tomber. A ceux que la Petite Reine ne passionne pas contrairement à moi, je serais tenté de leur dire que ce qui s’y joue n’est peut-être pas si anecdotique qu’il n’y parait.

Guillaume Langeac

Professionnel de la santé

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