« Si Dieu n’existe pas, tout est permis » : le cri d’Ivan Karamazov résonne toujours plus fort dans nos sociétés relativistes et individualistes. Dans un monde où Dieu est mort comment vivre l’exigence de « la tradi­tion des vertus » ? Devant la difficulté gran­dissante d’« être à la fois un bon américain et un bon chrétien », le conservateur Rod Dreher développe la théorie de l’« option bénédictine » (The Benedict option), soit le développement de « formes pionnières de vie commune » pour résister à l’« état de masse ».

(…) Rod Dreher, un méthodiste converti au catholicisme puis à l’orthodoxie, s’est notamment fait connaître sur le journal American Conservative pour l’acuité de son regard sur la vie politique et sociale de son pays.

C’est lui qui a forgé le concept de « Benedict Option », « l’option saint Benoît », qu’on pourrait mieux traduire par « voie bénédictine » ou « voie de saint Benoît ». Par ce projet, le journaliste a voulu apporter une réponse radicale à la crise que traversent aujourd’hui les mouvements conservateurs américains depuis qu’ils sont devenus minoritaires sur la scène politique, et que la sécularisation portée par « l’Etat de masse » se fait de plus en plus au détriment de leurs valeurs les plus essentielles.

C’est pour toutes ces raisons que Rod Dreher estime qu’il va être de plus en plus difficile « d’être à la fois un bon américain et un bon chrétien ».

Plus profondément, Rod Dreher dénonce le profond malentendu qui s’est installé entre l’Évangile tel qu’il est, et l’Évangile tel qu’il a été peu à peu trahi au profit d’une idéologie séculière qui confond trop facilement Royaume des Cieux et American way of life. L’intellectuel dénonce aussi la nostalgie illusoire du bon vieux Sud chrétien, qu’entretiennent ceux qui oublient rétrospectivement toutes les cruelles injustices de Jim Crow contre leurs frères noirs. Malheureusement, la modernité ne semble guère faire autre chose que creuser davantage encore ce malentendu tenace.

C’est pour toutes ces raisons que Rod Dreher estime qu’il va être de plus en plus difficile « d’être à la fois un bon américain et un bon chrétien ». C’est pourquoi les croyants doivent s’émanciper du cadre mental rétréci et déstructurant de la postmodernité, et cesser de se montrer dupes des discours existentiels portés par la bureaucratie individualiste, le néo-positivisme des technophiles et des transhumanistes au milieu du déluge chaotique des mass média.

Pour autant, l’intellectuel ne recommande pas à ses lecteurs de déserter la vie sociale et politique. Bien au contraire : « ce luxe ne leur est pas permis ». Mais il les enjoint en revanche à constituer des « formes pionnières de vie commune et émancipée de la culture obscurantiste et hostile qu’est devenue la culture majoritaire », afin de retrouver une vie intérieure véritable au milieu d’une société de pairs chaleureuse et soudée.

Il cite à titre d’exemple la communauté des familles catholiques qui se sont installées près de l’abbaye de Clear Creek, dans l’Oklahoma. Ces laïcs se contentent de vivre paisiblement et en bonne entente près de ce foyer spirituel, participant à la vie liturgique sans pour autant se retirer absolument du monde.

Illustration de Nicolas Pinet.

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Yrieix Denis

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Membre de la rédaction de Limite et blogueur
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