Il y a des mots qui sont des dérapages à eux tout seuls. Des mots louches, désagréables, avec des faux airs de bombes artisanales. Des gros mots, quoi. Décroissance en est un. Il fallait bien que Limite s’en emparât. Ce mot-là ne plaît pas.

Il ne positive pas. Il dit non ! Stop ! Niet ! Basta ! Et ça fait peur aux gens. « Décroissance, c’est pas vendeur ! » Et bien nous, on l’aime bien ce mot-là. Parce qu’il froisse nos bonnes manières.
Parce qu’il ouvre une brèche dans les hauts murs du « There is no alternative » thatchérien. Et surtout, parce que le monde en crève, de la Croissance.

Décroissez et multipliez-vous ?

La formule est paradoxale, volontairement provocatrice. Le double impératif semble contradictoire, comme si l’on pouvait souhaiter à la fois plus et moins. Et puis, ce n’est pas ce que dit la Bible. Croissez, soyez nombreux ! Voilà ce que le Créateur répète quatre fois dans la Genèse, s’adressant d’abord aux poissons et aux oiseaux (1, 22), puis à Adam, c’est-à-dire aux premiers humains (1, 28), enfin, après le Déluge, à Noé et à ses fils (9, 1 et 7). Pourquoi détourner le texte saint ? « Croissez ! », c’est mieux, ça parle plus. Peut-être.
À condition de s’entendre sur les mots : croître au sens de fructifier, plutôt que de produire.

La suite est dans le premier numéro de la revue Limite !

Gaultier Bès

Directeur-adjoint de la revue Limite
Agregé de Lettres et professeur de Français à Dreux