Comme les Slaves, les Irlandais boivent beaucoup et ne font pas semblant. Robert McLiam Wilson en fait partie. Il ne cache rien de ce qui le révolte, ce qui l’amuse, ce qui l’interpelle. Cet écrivain à forte gueule est un natif de Belfast. Son roman Eurêka Street est un bijou de lucidité sur la réalité du conflit nord-irlandais, avec ce qu’il faut d’humour pour survivre dans un pays en guerre civile. Cette même lucidité l’a conduit à écrire des tribunes incisives sur les postures parisiennes. Sa tribune Finkie, la guerre des apparences et moi, paru dans Libération en décembre dernier, était une charge contre une gauche ayant abandonné le peuple. C’est ce qui nous a poussés à le rencontrer, en nous rappelant que l’Irlande commémorer ces temps-ci les cent ans du soulèvement de Pâques 1916, qui a déclenché l’indépendance de l’île contre le Royaume-Uni.

Propos recueillis Par Pierre Jova

 

 Toi, l’enfant des quartiers catholiques irlandais de Belfast, quel bilan peux-tu tirer, cent ans après le Easter Rising ?

C’est compliqué : l’Irlande, c’est une seule île, mais 10 000 pays ! Dans le Nord, en Ulster, la mythologie du nationalisme irlandais a dérivé en fascisme. J’ai toujours voulu me foutre de la gueule de l’Armée républicaine irlandaise (IRA). Ils sont à la fois nationalistes et socialistes : une combinaison pas très réjouissante ! Même Marine Le Pen, dans ses rêves les plus terribles, n’imagine pasimg675 exécuter des adolescents voleurs de voitures dans la rue. C’est ce que l’IRA faisait à Belfast. Aujourd’hui heureusement, les gens en Ulster ont tourné le dos à la guerre civile. L’Irlande, c’est aussi la République d’Irlande, devenue le « Celtic Tiger » économique. Elle a été jusqu’au-boutiste dans le libéralisme, pire que Thatcher. Elle est devenue un Etat avec des esclaves bien éduqués, et le siège social de Google. Hélas, l’Irlande n’est pas assez puissante pour trouver un autre chemin, un autre modèle, alors que c’est ce qu’il faudrait faire.

Tu as écrit des textes très critiques de la gauche française, que lui reproches-tu ?

La gauche française est comme celle de Londres : relativiste, bourgeoise, et anti-prolétaire. Il n’y a plus rien en commun entre elle et les classes populaires. Cette gauche est blanche, toute blanche ! Il n’y a jamais de Noir chez eux ! Le Marais, c’est White City ! Un PMU de Marseille soi-disant raciste est plus mélangé ! Cette gauche est inculte. Elle ne fait que citer ce qui lui plaît, dans les médias qu’elle aime. L’aboutissement de cette logique, ce sont les Safe-Space tels qu’ils existent dans certaines universités américaines : pour ne pas être blessé par certains enseignements, on va se réfugier dans des Safe-Space: des lieux où l’on suit des cours expurgés de ce qui nous choque. Comment peut-on enseigner la Seconde guerre mondiale dans ces conditions ? Voilà pourquoi on met Johnny Hallyday, Place de la République, pour commémorer les victimes des attentats de Paris : parce qu’il n’énerve personne. Voilà pourquoi aussi la gauche évite la question identitaire, et a adopté le relativisme comme idéologie officielle.

Pourquoi insistes-tu sur le relativisme ?

Le relativisme, c’est le mépris incarné. Les relativistes disent : « on respecte la différence », « restez comme vous êtes », en se gardant bien d’ajouter : « dans vos banlieues pourries ». Le relativisme, c’est en réalité hyper raciste, surtout envers les prolétaires « fachos ». Les prolétaires blancs sont le miroir des relativistes au pouvoir : ils sont comme nous, mais ils sont dégueulasses. Ils disent quelque chose de nous qui nous est insupportable. On est dans l’apparence. Ce que la gauche ne voit pas, c’est que les prolétaires ne sont pas fachos, ils sont surtout fâchés ! Si on condamne d’emblée une partie énorme du peuple sous prétexte qu’ils sont Afficher l'image d'origineracistes et bêtes, on se suicide.Le jeu politique, c’est justement d’attirer, d’écouter, de convaincre ces gens-là. Il faut saisir la question identitaire, la prendre à bras-le-corps. Jean-Luc Mélenchon et d’autres ne le font pas, parce qu’ils sont trop lâches ! Le fond du problème, c’est que la gauche bobo a une grande déférence envers l’islam. Si tu critiques l’islam, même au nom des femmes et des homosexuels, tu es raciste. Et pendant que la gauche traque les « racistes », le libéralisme continue d’avancer ses pions.

La suite de l’entretien est à lire dans le numéro 3 de Limite

Pierre Jovanovic

Journaliste, à travaillé pour le Figaro, La Vie, La Croix, Famille Chrétienne
Membre de la rédaction