Il est de ces belles histoires de vie que l’on aime lire. Celles qui commencent mal, mais qui finissent toujours bien. Celles où la résilience l’emporte toujours sur l’adversité. Celles où l’on voit une personne, jadis malheureuse, trouver et embrasser le bonheur. Celles où des individus trouvent soudainement sens à leur vie. Celles qui témoignent de la façon dont certaines rencontres vous bouleversent au point de complètement vous transformer et faire de vous quelqu’un de nouveau. Celles, aussi, d’une rédemption par l’amour et d’une résurrection après avoir rencontré Dieu.

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L’histoire de Brigitte Bédard est de toutes ces histoires, de celles qui nous font du bien. Québécoise, journaliste et habitant Montréal, elle nous livre un témoignage bouleversant dans lequel elle nous raconte sa vie qui l’a mené de jeune femme accro aux drogues, au sexe et à l’alcool à celle de femme mariée et mère de famille comblée (J’étais incapable d’aimer, le Christ m’a libéré, Artège, 2019, 208 pages, 15,90 euros). Ce témoignage poignant, déjà publié au Québec sous le titre Et tu vas danser ta vie, est donc réédité en France et adapté au public français avec, entre autres, un petit lexique des régionalismes du français québécois afin de ne pas perdre le lecteur.

Sexe, drogue et rock’n’roll

Brigitte Bédard nous entraine dans sa vie d’avant où, étudiante à Montréal et perdue, elle devient perméable à toutes les dépendances. Celle des stupéfiants d’abord, puisqu’elle se livre à toutes sortes d’expériences narcotiques. Celle du sexe ensuite, enchaînant les rencontres éphémères et compulsives tant avec des hommes qu’avec des femmes. Celles des idéologies enfin, cherchant dans le néo-féminisme et le féminisme radical des réponses à son mal-être. Car Brigitte Bédard est malheureuse et elle le dit. C’est d’ailleurs ce qui surprend le lecteur : la façon dont elle se met à nu et se livre sans artifice, sans faux-semblants, sans honte, en n’ayant rien à cacher. En effet, Brigitte Bédard ne met pas de gants blancs et garde tout au long de son livre le souci de la sincérité et de la transparence (avec aussi beaucoup d’humour et d’autodérision!) afin de raconter son histoire telle qu’elle est vraiment. Cette démarche peut sembler quelques fois crue ou brut de décoffrage, elle a cependant le mérite de l’honnêteté et du vrai. Que celui qui est gêné ferme le livre et que celui qui n’a pas peur de la vérité le continue.

Des bars au monastère

Cette quête de vérité ne s’incarne pas seulement dans la façon dont Brigitte Bédard témoigne dans son livre, elle est aussi ce qui l’a mû dans son parcours de vie lui-même et ce qui a guidé ses pas tout au long de sa longue marche vers le bonheur. C’est donc naturellement qu’elle nous raconte son passage parmi les Cocaïnomanes anonymes (sur le même modèle que les Alcooliques anonymes) qu’elle fréquenta durant de nombreuses années. Mais comme tout le monde le sait, le chemin vers le bonheur est souvent long et semé d’embuches. Et ces embuches, ce sont les rechutes dans lesquelles tombe Brigitte Bédard, jusqu’au jour où on lui conseilla de se rendre dans une abbaye, Saint-Benoît-du-Lac dans la région des Cantons-de-l’Est, proche de Montréal, afin d’y rencontrer un moine qui allait changer sa vie. Cette rencontre fut au cœur du cheminement vers le bonheur de Brigitte Bédard. Rien n’était cependant gagné d’avance : comme toutes les personnes en colère, elle était suspicieuse de toute démarche religieuse, encore plus lorsque celle-ci implique de devoir interagir avec un homme, elle qui fut néo-féministe et radicale. Cette interaction fut cependant celle du silence, ou plutôt d’un monologue où c’est elle qui parla, vida son sac, pleura, laissa exploser sa colère, alors que lui ne fit qu’écouter en restant silencieux. De cette rencontre et de ce séjour monastique, elle sortit transformée, apaisée, en paix avec elle-même, et enfin prête à réellement aimer et être aimée. Elle devient alors, selon ses propres mots, une convertie.

La rédemption par l’amour

L’amour, donc. C’est ce que cherche Brigitte Bédard. Et quoi de mieux pour y arriver que de placer Dieu au centre de sa vie ? C’est donc en tant que nouvelle convertie qu’elle nous relate sa première relation amoureuse avec un homme croyant qui lui fera connaître la maternité. Cette relation sera un échec et poussera Brigitte Bédard à vivre sa foi encore plus intensément en faisant vœu de chasteté. Une chasteté non pas vécue comme un état, mais comme un cheminement. Et c’est là que se révèle ce qui pourrait être considéré comme le cœur du témoignage de Brigitte Bédard : sa résilience et sa ténacité face à l’adversité, son refus de céder à la facilité, et sa foi en les enseignements de l’Église pour trouver le bonheur. Ce bonheur, celui de l’amour sincère et authentique, elle le trouvera sur internet auprès d’un autre croyant, Hugues. Comme elle, il avait décidé de placer Dieu au centre de sa vie après des échecs passés et un premier mariage raté. Brigitte Bédard nous offre alors un merveilleux témoignage de ce qu’est un couple, un cheminement à deux ; celui qui ne consiste pas en un dialogue, mais en un « trilogue », soit le dialogue en couple « après y avoir invité Jésus », pour reprendre ses propres termes.

Merveilleuse leçon de vie, le lecteur ne peut être que captivé par le livre de Brigitte Bédard. Son témoignage et son histoire nous rappellent que face au mal-être et aux dépendances, les simples thérapies, aussi efficaces puissent-elles souvent être, peuvent aussi quelques fois être insuffisantes. Toute vie, pour être pleinement vécue, ne peut dès lors plus faire l’économie d’une dimension spirituelle qu’il convient alors d’embrasser. Brigitte Bédard nous montre le chemin ; au lecteur de la lire, et de la suivre.

 

 

 

 

 

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