Ni Keynes, ni  Thatcher !

Qui est Phillip Blond ? Une légère bedaine et un large sourire, des yeux de myopes et une élégance so british. Inconnu du grand public, ce professeur de théologie à l’université d’Exeter publie en 2009 un long article remarqué dans le magazine Prospect, où il détaille son projet de conservatisme communautarien qui exclut à la fois le monopole du marché et celui de l’État. Il publie ensuite son livre Red tory : How left and right have broken Britain and how we can fix it. En 2010, le Telegraph écrit que c’est lui qui se cache derrière la campagne de David Cameron autour de la Big Society. Il n’y a qu’en Angleterre, patrie de Thomas More, où les théologiens peuvent encore conseiller les princes.

Inspiré des penseurs de la Radical Orthodoxy (le Red torysm n’étant que la réplique du Blue socialism de Milbank) et de l’esprit chestertonien, Phillip Blond a pour ambition de dépasser la double impasse du marché et de l’État. « Ni Keynes, ni Thatcher », tel pourrait être le slogan de ce « conservatisme rouge », qui veut protéger la décence commune contre les ravages conjoints du monstre froid et de la main invisible.

Sorte de Michéa anglo-saxon, autrefois passé par les rangs de la gauche, Blond s’est vite rendu compte de l’indubitable réalité du ruban de Moebius (Michéa), du libéralisme-libertaire à deux faces, l’une économique (culture du marché) et l’autre culturelle (culture du progrès). Que la génération
68, bien loin de remettre en cause les fondements du capitalisme, nourrissaient l’ultra-libéralisme par le renfort d’un « capitalisme de la séduction » (Clouscard) fondé sur la non-limitation des désirs et la destruction de la cellule familiale. « Ils se faisaient une grande joie de l’avortement et faisaient un fétiche de cette liberté de choix, mais détestaient la chasse au renard qu’ils trouvaient cruelle. Au bout d’un moment j’ai réalisé que ces gens-là étaient d’authentiques néo-libéraux, pas de gauche tel que je l’entendais, mais profondément et dangereusement de droite. Ils méprisaient la religion car elle mettait une limite à leur liberté en leur suggérant les choix qu’ils devraient faire. En fait, ils détestaient tout ce qui limite leurs moindres pulsions », écrit-il dans Red Tory.

La suite de l’article et l’entretien avec Philip Blond sont dans le premier numéro de Limite !