La mondialisation a tout changé. Nos villes aussi : ça s’appelle la métropolisation.

Des bouleversements qui façonnent actuellement nos villes, nous n’avons qu’une perception très fragmentaire. Le terme de « métropole » ne paraît désigner, au premier abord, que l’acquisition séculaire, par certaines villes, d’un poids démographique, économique et politique, sur le modèle originel de la métêrpolis grecque (« ville mère », installée à la tête d’un territoire). La récente institutionnalisation du terme par la réforme territoriale de 2014, dotant du statut de « métropole » les 15 principales villes du pays, n’a pas permis non plus de faire ressortir les enjeux propres aux récentes évolutions urbaines. Or, les recherches géographiques des dernières décennies attestent de l’émergence d’un nouveau paysage urbain au contact de la mondialisation, dont les effets spatiaux, économiques et sociaux doivent être précisés pour clarifier les choix politiques face auxquels se trouvent nos sociétés. De quoi la « métropolisation » est-elle le nom ?

Un nouvel « âge des villes »

Dans les années 90, les géographes font le constat 
que la croissance urbaine change de nature : l’ancrage territorial des villes compte désormais moins que leur capacité à intégrer les flux d’échanges mondialisés. Le modèle économique qui s’impose alors – désindustrialisation, tertiarisation, financiarisation puis numérisation de l’économie – induit une accélération des échanges et une concentration des fonctions stratégiques dans les grandes villes, renforçant leur pouvoir et transformant en profondeur leur organisation et leur sociologie. C’est l’avènement des « métropoles ».

Pour Cynthia Ghorra-Gobin, la « métropolisation » des villes est la « traduction spatiale et infranationale de la globalisation »

Pour Cynthia Ghorra-Gobin, auteur de La Métropolisation en question (2015), la « métropolisation » des villes est bien un « nouveau paradigme », la « traduction spatiale et infranationale de la globalisation ». Les grands pôles deviennent plus proches les uns des autres qu’ils ne le sont de leur arrière-pays et dessinent à l’échelle mondiale un réseau de villes fortement hiérarchisé, une « économie d’archipel » qu’a pu mettre en évidence l’ingénieur et économiste Pierre Veltz en 1996. Les relations entre territoires s’effectuent de plus en plus par-delà le cadre des États-nations.

La mise en concurrence de ces pôles urbains sur
la scène internationale transforme progressivement les publics et les acteurs économiques locaux appuient le phénomène de métropolisation, en particulier en France, dans un contexte de décentralisation, où les pouvoirs métropolitains se structurent en intercommunalités (communautés d’agglomération, communautés urbaines). La mobilisation de ces acteurs permet alors d’asseoir la croissance des villes sur le développement de « fonctions métropolitaines » stratégiques, visant à attirer les Investissements Directs Étrangers, les multinationales et…

Illustrations de Victor Carpentier

[…]

CapturecouvLa suite est à lire dans le sixième numéro de la Revue Limite, en vente en ligne et en librairie (liste des 250 points de vente). 

Vous pouvez également vous abonner pour recevoir les quatre prochains numéro (à partir du 7 à paraître en juin) directement chez vous.

 

Marie Sève

Urbaniste, membre des Altercathos

Les derniers articles par Marie Sève (tout voir)