À quelques kilomètres en amont d’Orléans, dans la commune de Mardié (Loiret), des habitants se mobilisent contre la construction d’un nouveau pont sur la Loire. Entretien avec Frédéric de La Martinière, de l’association Mardiéval, qui prépare une audience en référé contre ce projet de bétonisation d’un site naturel exceptionnel.

Pouvez-vous tout d’abord vous présenter personnellement, ainsi que votre association ?

Bonjour, je suis originaire d’Orléans, et j’ai toujours connu et aimé le val de Loire. Je viens à Mardié aussi souvent que je le peux pour admirer la beauté de Loire, où j’aime particulièrement me promener.

Je suis adhérent de l’association Mardiéval qui a été créée il y a 22 ans pour défendre la qualité de vie des habitants de Mardié au moment où le département du Loiret voulait construire un grand périphérique routier traversant forêt d’Orléans et Sologne.

En quoi les bords de Loire sont-ils exceptionnels d’un point de vue écologique ?

La Loire, à cet endroit, est une zone Natura 2000-directive oiseaux et habitats, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.

La biodiversité y est exceptionnelle, avec notamment plus de 38 espèces protégées uniquement sur la population avicole, et certaines en danger (balbuzard pécheur, cigogne noire, pic cendré, etc.).  On y trouve également des castors, des chiroptères, des amphibiens, une grande variété d’insectes dont certaines sont protégées.

Le site www.loire-et-biodiversite.com donne un très bon aperçu de la richesse de la faune et de la flore.

Il s’agit également du dernier massif boisé en bord de Loire permettant aux grands animaux de traverser la Loire entre la Sologne et la forêt d’Orléans.

Quelle est la logique du projet d’aménagement routier que vous combattez ?

Le département veut construire un pont à Mardié (45430), alors qu’il en existe déjà un à moins de 3km entre les communes de Jargeau (4523 habitants) et Saint-Denis-de-l’Hôtel (2929 habitants). Il argue de ralentissements aux heures où les habitants des deux dernières communes se rendent au travail et de l’évolution possible du trafic dans le futur. Le trafic étant essentiellement local, les études montrent que la construction d’un pont supplémentaire ne diminuerait que très faiblement le flux actuel d’environ 15 000  à 10 000 véhicules par jour. Ralentissements très relatifs, d’autant qu’aucun aménagement aux entrées et sorties de pont n’a été réalisé, alors qu’il existe l’espace pour en faire. Cette déviation ne bénéficierait même pas aux autres communes vers lesquelles le trafic serait redirigé.

Le coût de ce projet est estimé à plus de 100 millions d’euros, uniquement pour la partie construction et aménagements. On sait depuis le récent rapport de la cour des Comptes, qu’un ouvrage d’art coûte son prix en entretien pendant les 20-30 ans qui suivent sa construction, sans compter les dérives budgétaires probables.

À l’heure où la préoccupation des Français passe par la maîtrise des dépenses publiques pour réduire leurs impôts, n’est-il pas irresponsable de gaspiller l’argent public en engageant la collectivité, de surcroît en détruisant un site protégé ?

Que menace-t-il ?

Ce projet menace une zone Natura 2000, sanctuaire d’oiseaux et d’espèces protégées, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Il entraînerait la destruction de cette trame verte en bord de Loire, constituée d’espaces boisés classés, restés intacts depuis a minima le XIVe siècle. Il mettrait en péril toute la biodiversité.

Ce projet déverserait par ailleurs des milliers de mètres cubes de béton dans la Loire, à un endroit où le sol et les sous-sols ne sont pas stabilisés, faisant peser des risques géologiques et hydrologiques importants. En effet, le substrat rocheux calcaire sur lequel coule la Loire est truffé de cavités (karst) et parcouru par un très dense réseau souterrain, qui alimente également la rivière du Loiret.

Quels sont vos moyens d’action et que peut-on faire pour vous aider ?

Nous avons besoin de contacts dans les médias pour faire connaître ce combat au niveau national et toucher les décideurs politiques.

L’association Mardiéval se bat ensuite sur le terrain juridique en attaquant les différents arrêtés préfectoraux et la déclaration d’utilité publique. Nous avons besoin de soutiens financiers pour poursuivre les recours, soit par l’intermédiaire d’adhésions ou de dons (voir ci-après le site de l’association www.le-castor-enerve.fr).

Nous faisons connaître cette cause par l’intermédiaire de différents médias et réseaux sociaux :

– www.le-castor-enerve.fr (site officiel de l’association Mardiéval).

– la page Facebook du collectif d’associations « La Loire Vivra ».

– www.loire-et-biodiversite.com

– www.balbucam.fr qui filme en live un couple de balbuzards pêcheurs sur son aire de reproduction.

Nous avons produit une vidéo dont la diffusion permet de nous faire connaître dont voici le lien:

https://www.youtube.com/watch?v=09a4Nq6SOpY

Elle a été vue plus 225 000 fois en une semaine sur un site dédié à la protection du climat, preuve de l’intérêt que suscite cette cause.

Sur le terrain politique, l’association Mardiéval a saisi la commission européenne par l’intermédiaire de la commission des pétitions, qui a encore récemment rappelé le gouvernement français à ses obligations pour les dommages irréversibles que ce projet causerait.

Nous espérons que les différents recours déposés seront jugés en faveur de la préservation de ce site extraordinaire.

Gaultier Bès

Directeur-adjoint de la revue Limite
Agregé de Lettres et professeur de Français à Dreux