Marcher pour sensibiliser à l’autisme ? C’est le pari un peu fou de Virginie et Benoît Regnier-Vigouroux, parents de quatre enfants, dont l’aîné, Bosco, a été diagnostiqué autiste en 2014. Ensemble, ils ont entrepris une longue route depuis Lille pour s’installer dans la Loire et fonder une école Laudato Si, qui permette d’intégrer harmonieusement des enfants autistes.

Une famille, une carriole et un cheval

« C’est vrai c’est un rêve de gosse ! » Benoît, qui est officier, et Virginie, qui est institutrice, sont du genre fonceur : quand une belle idée les habite, peu de choses semblent pouvoir les arrêter. Lorsque je les ai rencontrés, l’été dernier, elle enceinte, lui encore en poste, ils m’ont tout de suite parlé de ce projet de voyage en voiture à cheval pour venir s’installer à La Bénisson-Dieu. Moi, sur le coup, timoré autant qu’eux téméraires, j’avoue que je n’y ai pas trop cru. Quelques mois plus tard, ils quittaient Lille, Virginie allaitant leur quatrième enfant, Benoît tenant les rênes de la carriole tirée par Scoubidou, un beau Comtois déniché à Mably, tout près de leur destination !

Et c’était parti pour un périple familial de deux mois et 800 km, qui les a d’abord mené aux confins des Ardennes, puis en Lorraine, et maintenant en Bourgogne !

De quoi, sans doute, méditer sur les sentiers poudreux et les routes caillouteuses, cette belle citation de Goethe, mise en exergue sur leur site : « On peut aussi bâtir quelque chose de beau avec les pierres qui entravent le chemin ».

Car si c’est d’abord un aventure à vivre en famille, c’est aussi une marche de sensibilisation à l’autisme, à la rencontre de Français dans des communes rurales et de lieux de vie écologiques et ouverts aux personnes handicapées. De plus en plus de personnes marchent d’ailleurs avec les Regnier-Vigouroux le temps d’une étape !

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Archange-autisme : un handicap et une association

Voilà ce qu’on peut lire sur le site de l’association Archange-autisme, que Benoît et Virginie ont fondée pour « transmettre tout ce que nous avons reçu mais aussi ce qui nous a manqué ».

« L’un des traits caractéristiques de l’autisme est l’hypersensibilité sensorielle : les 5 sens sont stimulés de façon exacerbée. Il nous parait dès lors évident de ne pas exposer trop vite ces enfants à des lieux agressifs sur le plan sensoriel. Une rue, un supermarché, une salle de classe traditionnelle … sont autant de lieux où les sons, les odeurs, les lumières sont des piques qui agressent l’autiste qui alors se protège en se refermant ou se défendant…
De ce fait, nous nous attachons à proposer des environnements les moins agressifs possibles (montagne, campagne et autres lieux reculés) ainsi qu’un « cocon sensoriel » : pièce filtrée agissant comme un nid de bien-être, à l’abri de toutes distractions ou souffrances sensorielles (tant visuelles qu’auditives et kinesthésiques), un lieu sécuritaire qui le rassure avec des jeux simples sensori-moteurs. 
»

Et sur le lien de corrélation entre dégradation écologique et autisme :

« En 20 ans la proportion d’enfants autistes est passée 1/10.000 naissances à 1/100 dans les pays « développés » (avec des évolutions similaires dans d’autres pathologies : stérilités, « dys-»…). Si l’argument de la piste environnementale est discuté, de très nombreux parents ont fait le lien entre comportement de leur enfant et : alimentation, ondes/box/lignes à haute tension, lieu d’activité humaine dense… Nous croyons qu’il n’est généralement pas sain de les faire évoluer dans un environnement agressif tout comme il n’est pas juste de continuer à promouvoir cet environnement. »

Ce qu’ils ont réussi à donner à leur fils, au prix d’un engagement très intense d’un réseau de bénévoles et d’un dévouement parental de chaque instant, Benoît et Virginie veulent contribuer à le rendre plus accessible à d’autres familles concernées.

Une école Laudato Si

A partir de la rentrée 2019, la scolarisation de tous les enfants (y compris handicapés) deviendra obligatoire dès l’âge de trois ans.

« A cause de cette obligation, expliquent les fondateurs d’Archange-autisme, il était urgent de créer une alternative au sein des écoles. Une réelle prise en charge qui tienne compte de la spécificité développementale et hypersensible de l’enfant autiste est une nécessité. Au vu du besoin important de ces prises en charge, nous voulons aussi que ce modèle puisse être répliqué facilement dans la plupart des structures scolaires et avec un impact économique minime. »

Virginie et Benoît découvrent alors l’éco-hameau de La Bénisson-Dieu, au nord de Roanne. Les deux associations ne convergent-elles pas dans une approche intégrale de l’écologie ? Les Regnier-Vigouroux voient dans cette vie commune fondée sur la sobriété heureuse et la prière le meilleur environnement possible pour leurs enfants. Ils trouvent, dans le bourg, une grande maison où s’installer et accueillir pour des temps de repos d’autres familles touchées par l’autisme.

Surtout, ils trouvent une structure sur laquelle s’appuyer pour fonder l’école dont ils rêvent : combinant plusieurs pédagogies, intégrant la catéchèse selon Maria Montessori, éduquant les enfants à toutes les dimensions de l’écologie intégrale, et accueillante pour des enfants autistes ! Cela tombe bien : l’école privée du village voisin, Saint Nicolas de Briennon, fermée deux ans auparavant, ne demande qu’à rouvrir… En lien avec l’enseignement catholique de Lyon, l’OGEC est investie, et des travaux sont entrepris. Virginie, institutrice diplômée d’État et formée à la pédagogie Montessori, en sera la directrice, épaulée par des personnes ayant toutes une expérience de l’enseignement.

Évidemment, une telle structure, indépendante et, pour commencer, nécessairement hors-contrat, a besoin de soutien pour être financée. Un credofunding, qui précise le projet pédagogique de l’école, est en cours notamment pour pouvoir lancer les travaux indispensables à l’ouverture de l’école en septembre.

Pour approfondir : http://archange-autisme.fr/

Pour suivre la « Marche pour l’autisme » : https://www.facebook.com/archangeautisme/

Pour aider au financement du projet : https://www.credofunding.fr/fr/ecole-laudato-si-benisson-dieu

Gaultier Bès

Directeur-adjoint de la rédaction de Limite
Agrégé de lettres et professeur de français à Dreux