Malgré  le triomphe de l’entreprise capitaliste classique (où règne la dissociation entre possession du capital et force de travail), un certain nombre de structures alternatives proposent de lier la propriété des moyens de production au travail réalisé. C’est le cas des Scop, les « Sociétés coopératives et participatives », où l’entreprise appartient en grande partie aux salariés. Éclairage sur la genèse de ces structures.

DES CORPORATIONS AUX ASSOCIATIONS

Nées dans la clandestinité, les premières associations ouvrières doivent en effet composer avec l’héritage jacobin, centralisateur, qui s’imposa notamment par l’interdiction des coalitions de travailleurs (corporations, guildes de métiers, syndicats…), per­çues comme autant de menaces pour la pérennité du face-à-face Citoyen-Etat, promu par le nou­vel ordre révolutionnaire. Avec la loi Le Chapelier de 1791, la France républicaine acheva le travail de la monarchie absolue, en étendant l’emprise étatique à l’organisation socio-économique de chaque recoin du pays.

Comme l’écrit Camus dans L’Homme révolté : « Le jour où la révolution césarienne a fait fi de la pensée libertaire et syndi­caliste, la pensée révolutionnaire a perdu un contrepoids dont elle ne peut, sans déchoir, se priver », et qui eut pour résultat, regrettait-il, l’écrasement de « la cellule professionnelle. » Liber­taire et syndicaliste, tels furent les maitres mots d’un socialisme autogestionnaire, dont Camus revendiquera la filiation, en pleine expansion au XIXe siècle face à la soumission du travail a l’accumulation et à la volatilité du capital.

En 1848, sous l’impulsion du socialiste et membre du gouvernement provisoire Louis Blanc, naquirent les « Ateliers sociaux ». S’organisant sur la base de statuts démocratiquement constitués afin de permettre au particularisme de chaque branche de s’organiser, il s’agit là, au fond, de défendre la liberté de l’homme face à la révolution industrielle. Celle-ci tend à le transformer en simple « valet d’une manivelle », va-riable d’ajustement d’une vaste mécanique dont il ne maîtrise aucun des leviers. Dans Le nou­veau monde, livre au titre évo­cateur quant aux objectifs que les ateliers sociaux sont censés atteindre, Louis Blanc étaye sa pensée : « dans l’ordre social nouveau, personne n’aurait : ni la liberté d’empiéter sur la part de ses frères, dans l’exploitation du grand domaine donné par Dieu à l’humanité ; ni celle de s’assurer, par l’accaparement des instruments du travail, le moyen de jouir des fruits du travail, à l’exclusion du travailleur ; ni celle d’asservir l’homme au capital, la richesse vivante à la richesse morte ».

L’idéal fraternel constitutif de ces ateliers sociaux fit florès, sous d’autres formes. En 1864, Napoléon III autorise à nouveau les coalitions. Vingt ans plus tard naît la Chambre consultative des associations ouvrières de production, ancêtre de la Confédéra­tion des Scop. Le 21 mars de la même année, la loi Waldeck- Rousseau légalise les syndicats. Aujourd’hui, les organisations de ce type sont soumises à la loi du 10 septembre 1947 portant statut de la coopération ; nul hasard chez ceux qui associent cette année à l’avènement du Ras­semblement du Peuple Francais (RPF), parti créé par le Général de Gaulle dont les idées de par­ticipation étaient au coeur de sa doctrine catholique sociale, com­me l’illustra l’ordonnance de1967 sur la participation des travailleurs aux profits.

LES FRUITS DE LA DOCTRINE SOCIALE DE L’ÉGLISE

Héritières de l’anarcho-socialisme autogestionnaire, le développement des Scop – anciennement « société coopérative ouvrière de production » – fut tout autant lié au souci chrétien de permettre à l’homme d’acquérir l’active maîtrise de ses destinés dans le champ du travail, de demeurer l’artisan de l’amélioration continue de ses conditions de vie par une participation effective aux décisions qui le concernent. […]

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Max-Erwann Gastineau

Diplômé d'histoire et de science politique, membre de la rédaction de la revue Limite