Engagée auprès des peuples autochtones du Canada et du Brésil, Valérie Cabanes a dirigé pendant 18 ans des programmes internationaux pour la santé et les droits humains. Depuis 2013, elle milite avec le mouvement End Ecocide on Earthpour criminaliser la destruction des écosystèmes. Entretien avec la juriste qui veut faire entrer la nature dans la Constitution.

En quoi le droit peut-il servir l’environnement ?

Le droit définit les règles du vivre ensemble. En cela, il est le reflet de notre niveau de conscience à un moment de notre histoire collective. Or, il est aujourd’hui construit sur une vision occidentale anthropocentrée qui ne protège la nature qu’en ce qu’elle sert les intérêts de l’humanité et plus particulièrement ses intérêts économiques. Or, les lois biologiques se rappellent à nous à travers la 6e extinction des espèces et le réchauffement climatique. D’ici 2100, on s’attend à deux milliards de réfugiés climatiques. Si l’humanité ne comprend pas qu’elle est interdépendante des écosystèmes et ne repense pas son droit pour les protéger, elle ne sera plus en capacité, demain, de garantir les droits fondamentaux des humains. C’est aussi simple que cela.

Heureusement, les prises de conscience se multiplient dans le monde entier et les juges com- mencent à rendre des décisions protégeant la nature. En Inde, on a reconnu la personnalité juri- dique du Gange, ce qui permettrait de le protéger contre la pollution et donc de préserver la santé de 500 millions d’Indiens qui vivent sur ses berges. En Colombie, les juges de la Cour suprême, saisis par 25 jeunes inquiets pour leur avenir à cause du déboisement de l’Amazonie colombienne, ont jugé qu’en effet cela menaçait les droits des générations futures. Ils ont de plus reconnu la personnalité juridique à l’Amazonie colombienne et enjoint à l’État de stopper son déboisement.

La déclaration des droits (et devoirs) de l’humanité que vous avez contribué à rédiger développe justement cette vision nouvelle…

C’est effectivement une vision nouvelle, à la fois transgénérationnelle et systémique.

(…)

Propos recueillis par Olivia Dufour

Journaliste, auteur de Justice, une faillite française ?
éd L.G.D.J

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