Les disciples de l’écologiste Jacques Ellul, à Limite, ça nous connaît bien. Depuis maintenant trois ans, la rédaction les suit à la trace. C’est que le plus célèbre prof de droit de Bordeaux a créé une armée de disciples originaux, de José Bové à Fabrice Nicolino. De la bande, Jean-Claude Guillebaud n’est pas le moins connu. Autrefois élève du sociologue gascon, cet ancien de Sud-Ouest, du Monde ou de L’Obs’, lauréat du prix Albert Londres, est désormais éditeur au Seuil. Il est aussi un lecteur assidu de Limite. Ce matin de septembre, au 27 rue Jacob, nous nous retrouvons pour causer de sa relation au maître Ellul et de l’avenir de l’écologie radicale.

Qu’est-ce qui vous a particulièrement marqué chez Jacques Ellul ?

En 1962, quand j’ai fait sa connaissance, les camps politiques se déchiraient entre libéralisme et communisme. Cela n’allait pas beaucoup plus loin. Jacques Ellul, en pleine guerre froide, a eu une clairvoyance qui s’est sans cesse vérifiée par la suite : la Technique, à ses yeux, était devenue progressivement l’idéologie de notre temps. Peu importe le bloc, la Technique prédominait partout. Je suis rapidement devenu « accro à Ellul », parce qu’il ouvrait une voie nouvelle. Et en toute logique, après avoir été son élève, je suis devenu son disciple, puis son ami jusqu’à sa mort. La première chose que j’ai faite en arrivant au Seuil fut de le publier. J’ai notamment édité La Parole humiliée, qui est un chef-d’œuvre.

À sa mort en 1994, avez-vous essayé de perpétuer sa pensée ?

Pour commencer, je me suis battu pour qu’on transforme la maison d’Ellul, à Pessac, en maison d’écrivains. J’ai même mis Jacques  Chaban-Delmas à contribution, mais le projet n’a jamais abouti. Cette maison, « La Marrière » à Pessac, était un endroit étonnant, Ellul y recevait une fois par mois les gens les plus hétéroclites possible. Des jeunes qui revenaient de Woodstock, des lamas tibétains, des philosophes, des économistes, et ses étudiants bien sûr. (…)

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