« Il y a deux sexes », titrait Antoinette Fouque en 1995. « Des sexes innombrables », corrigeait Thierry Hoquet en 2016. Derrière les polémiques autour du « genre » et des revendications LGBTQI*, l’existence de personnes intersexuées doit nous interpeller. Benjamin Moron-Puech et Aude Mirkovic, tous deux juristes, débattent des implications sociales, médicales et juridiques de ces cas-limites. 

Aude Mirkovic est maître de conférences en droit privé et sciences criminelles, spécialiste du droit de la famille. Porte-parole de l’association Juristes pour l’enfance, elle a récemment publié PMA : un enjeu de société (Artège, 2018) et En Rouge et Noir (Scholae, 2017), roman qui nous plonge, non sans humour, dans les méandres mercantiles et judiciaires de la GPA. 

Benjamin Moron-Puech est maître de conférences en droit privé et sciences criminelles. Il développe une recherche fondamentale en théorie du droit, autour des concepts d’acte juridique et de norme, et une recherche appliquée et empirique sur les minorités corporelles. Dans ce dernier cadre, il a publié nombre d’articles sur l’intersexuation et, via l’association GISS | Alter Corpus, participé à plusieurs procès sur ce thème. 

« Depuis les années 1960, a été mise en place, en France, une politique d’éradication de l’intersexuation », avez-vous écrit, Benjamin Moron-Puech, dans la revue Hommes et libertés. Quels défis pose à la société l’existence de ce que vous appelez les « minorités corporelles » ? 

BMP : Les minorités corporelles sont des personnes ayant des corps jugés atypiques par le groupe majoritaire. Comme toute minorité, ces personnes sont particulièrement exposées à la discrimination. Cependant, les minorités corporelles sont exposées à un risque de discrimination qui leur est propre, à savoir la normalisation non consentie de leur corps. Parmi ces exemples de pratiques normalisatrices figurent les chirurgies forçant les sourds à ressembler aux entendants via l’implant cochléaire, ou les intersexes à ressembler aux mâle ou femelle via les chirurgies d’assignation sexuée (phaloplastie, clitoridectomie, vaginoplastie, gonadectomie, etc.) (…)

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