« Nous ne reconnaissons plus notre pays. La nature y est défigurée. Le tiers des oiseaux a disparu en quinze ans ; les papillons, les abeilles, les grenouilles et les sauterelles semblent comme évanouies ; les fleurs sauvages deviennent rares. Rendez-nous nos coquelicots et nos bleuets ! Rendez-nous la beauté du monde ! »

Cet appel contre les pesticides lancé par deux écologistes de longue date, Fabrice Nicolino et François Veillerette (Nous voulons des coquelicots, Les Liens qui Libèrent, sept. 2018), comment ne pas le faire nôtre ? Depuis maintenant trois ans, Limite se bat aux côtés de tous ceux qui entendent sauvegarder notre maison commune. Depuis trois ans, loin des mauvais procès qu’on nous fait parfois, notre revue s’est efforcée d’oeuvrer en faveur d’une conversion écologique profonde, à la fois personnelle et collective. Depuis trois ans, nos dossiers promeuvent dans tous les domaines de l’existence ce qui est gratuit, sobre et convivial, plutôt que ce qui est marchand, polluant et aliénant. Face au chaos qui menace, la radicalité n’est pas un luxe, mais une nécessité. Comme le dit bien le pape François dans Laudato Si, qui reste notre boussole : « il ne suffit pas de concilier, en un juste milieu, la protection de la nature, le profit et le progrès. Sur ces questions, les justes milieux retardent seulement un peu l’effondrement. »

L’effondrement qui vient, justement, est protéiforme. C’est la sixième extinction de masse, le climat qui se dérègle sous nos yeux incrédules, des exilés qui ne savent où aller, une pollution qui n’épargne, du fond des océans au ventre des mères, rien ni personne. Tout ne va certes pas mal, mais le rythme imposé par notre modèle industriel est tel que nos conditions d’existence elles-mêmes s’en trouvent malmenées. Face à ce burn-out généralisé, le désir d’une vie plus simple est à la fois un symptôme et une espérance. « Agis de telle sorte que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre », recommandait Hans Jonas en 1979. De la bioéthique à la biosphère, de la justice sociale à la décroissance, voilà une belle morale pour temps de catastrophe.

Bien sûr, il y a de quoi être effondré devant l’inertie de nos gouvernants et leur double discours. Nul salut ne viendra d’un Hulot, encore moins d’un Rugy. À nous de nous libérer, collectivement, des structures mortifères qui nous écrasent. À nous de nous organiser, de proche en proche, pour mener la vie que nous estimons bonne. C’est à la base que tout se fonde. Et si, trente ans après le communisme, le capitalisme s’effondre sous le poids de sa démesure, il nous faut sans attendre préparer un avenir dont les maîtres-mots pourraient être : frugalité, distributisme, low tech, convivialité.

C’est à cette alternative que Limite travaille, à la fois gravement et joyeusement. Car, avec une rédaction renouvelée : nouvelles têtes, nouvelles mains, nouvelles rubriques, nouveaux projets, cette quatrième rentrée est pleine d’entrain ! Retroussons-nous les manches, et que germent d’innombrables coquelicots ! Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve.

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