Alors que l’on parle des revenus astronomiques de certains youtubeurs, d’autres jeunes en quête de gloire triment sans compter les heures passées devant leur ordinateur. À force de travail et d’ingéniosité, ils génèrent des revenus qui leur permettent de vivre… ou de survivre. Notre question est la suivante : mais pourquoi ?

Joint par Facebook, Max m’informe qu’il travaille jusqu’à 4 heures du matin et qu’il ne pourra me parler que demain. J’imagine alors qu’il cumule ses revenus de gamer à un emploi de barman ou chez Macdo. Grosse erreur : depuis sa chambre le jeune homme de 25 ans participait à une compétition américaine de jeux vidéos. Car pour ne pas « retourner bosser chez Macdo », il « joue » à Dota – un jeu en ligne d’arène de batailles – tout en diffusant ses exploits en di­rect sur la plateforme Twitch. Et pour atteindre un petit SMIC, il doit mul­tiplier les heures, jusqu’à 60 par semaine.

Créé en 2011, Twitch est une plate­forme participative de streaming de jeux vidéo. Des joueurs jouent et commentent en direct leurs actions devant des spectateurs, on les appelle des streamers. Quand ils parviennent à drainer suffisamment d’audience, où à développer les partenariats adé­quats, ils reçoivent une rémunération. Les modalités de cette dernière sont d’ailleurs multiples : les joueurs peu­vent compter sur le soutien des usag­ers, qui choisissent de « soutenir » une chaîne, à hauteur de 5 euros par mois, dont la moitié est reversée au joueur ; ils tentent également de développer des partenariats avec des entreprises, sur le mode du sponsoring ; comme sur Youtube, ils sont rémunérés à la vue, grâce à la publicité ; enfin, les streamers font montre de leurs tal­ents dans des championnats, on parle alors de casting.

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Max est un streamer et un caster, ce qui lui demande parfois, comme cette fois, de s’adapter aux horai­res américains. Comme beaucoup d’autres de sa génération, il a décidé de refuser le triptyque métro-boulot-dodo pour tenter de vivre depuis chez lui, devant un écran.

L’ÉCRAN QUI CACHE LA FORÊT

Selon le classement Forbes, le you­tuber le mieux rémunéré en 2015 aurait engrangé plus de dix millions d’euros en 2015. Il se nomme Felix Kjellberg (PewDiePie sur Youtube), et comme Max, ce jeune suédois est un gamer. En France, c’est un cer­tain Squeezie, également commenta­teur de jeux vidéos, qui tient la tête du classement avec 480 000 euros annuel. Viennent ensuite les humor­istes Cyprien et Norman, respective­ment pour 360 et 100 000 euros. Les uns comme les autres sont suivis sur leur chaîne par plusieurs millions d’abonnés, un public qu’ils appellent « communauté », et avec lequel ils en­tretiennent — 2.0 oblige — une re­lation suivie sur les réseaux sociaux. Mais leurs rémunérations, que cer­tains jugent indécentes, masquent la réalité professionnelle de millions de youtubers ou streamers anonymes, trimant bien au-delà des trente-cinq heures pour gagner à peine le SMIC. Un choix de vie qui peut paraître étrange, et qu’ils justifient par la pas­sion et le refus du cadre strict des boulots alimentaires.

Illustrations de Victor Carpentier

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Emmanuel Casajus

Emmanuel Casajus

Sociologue, membre de la rédaction de Limite
Emmanuel Casajus

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