Dans les années 1970, le slogan des féministes était « le privé est politique ». Claude Habib revient sur la spécificité d’un mouvement qui transforme la souffrance individuelle en lutte collective. L’auteur de Galanterie française insiste sur la particularité du féminisme hexagonal. 

Le féminisme est une révolte contre toutes les injustices commises à l’encontre des femmes, qu’elles les condamnent à des vies douloureuses ou qu’elles les cantonnent à des vies amoindries. La notion d’injustice recouvre donc une large gamme qui va des agressions aux discriminations, des violences aux stéréotypes négatifs, et à d’autres désavantages plus difficiles à caractériser, comme la « charge mentale » dont se plaignent à présent les femmes. Si l’on peut s’accorder collectivement sur la définition du viol ou du harcèlement, il est plus difficile d’apprécier la division du travail au sein d’un couple et d’évaluer la pesée, sur chacun, des responsabilités affectives. Il est difficile de qualifier d’injustice faite aux femmes la « charge mentale », c’est-à-dire le fait de penser aux autres et pour les autres, quand les théoriciennes du care en font une disposition spécifique du féminin, et quand tant d’autres femmes, célibataires ou veuves, disent souffrir du contraire : n’avoir personne de qui prendre soin. Sous un certain angle, la supposée injustice apparaît comme un avantage, la charge comme un doux fardeau (…)

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