Nous vous en avions parlé ici, à propos d’un roman adapté de sa vie, fulgurante comme la grâce : né à Amettes, près d’Arras, saint Benoît-Joseph Labre est un peu notre François d’Assise à nous. Mais le « vagabond de Dieu », mystique né d’une mercière et d’un paysan, n’a pas le rayonnement de son cousin d’Italie. Une statue vient pourtant de lui être dédicacée dans une église parisienne, à Sainte-Marie des Batignolles. Rencontre avec la sculptrice, Daphné Jardon.

 

Vous avez récemment sculpté une statue de Saint Benoît-Joseph Labre pour l’église Sainte-Marie des Batignolles. Pouvez-vous nous parler de ce saint trop peu connu ?

C’est justement parce qu’il était inconnu qu’il m’a plu ! Élevé saintement dans une famille humble, pauvre et nombreuse, il voulait rentrer dans un ordre monastique, et il n’y a pas eu d’affinité avec les divers ordres qu’il a fréquentés. Il était à l’image de Saint François d’Assise, en plus pauvre et ignoré.

Il a sillonné toute l’Europe comme vagabond, pouilleux, avec dans sa besace, un crucifix, un chapelet, une écuelle et l’Imitation de Jésus-Christ, allant de lieu saint en lieu saint, priant, adorant, donnant tout le peu qu’il avait.  tel point qu’il le devint lui-même, saint, ET par la plus petite des portes.

C’est cela qui vous a touchée chez ce vagabond ?

Il est le plus petit, le plus ignoré ; cela me rappelle quelqu’un que j’aime beaucoup. Et puis il pèlerine et je pèlerine aussi. Malheureusement, mes pieds prient plus que mon âme. Et lui savait s’abandonner totalement, radicalement !

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En quoi peut-il encore être un modèle pour nous, un compagnon pour tous ceux qui veulent vivre la conversion écologique ?

Je parlerais d’écologie « du dénuement », « de l’essentiel ». C’est l’esprit des litanies de l’humilité du cardinal Merry de Val :

« Du désir d’être estimé, délivrez moi, Seigneur, […]

De la crainte d’être méprisé,

De la crainte d’être rebuté,

De la crainte d’être calomnié,

Délivrez-moi, Seigneur.

Que d’autres soient plus aimés que moi, accordez‐moi, Seigneur, de le désirer,

Que d’autres soient plus estimés que moi,

Que d’autres soient plus saints que moi, pourvu que je le soit autant que je puis l’être, accordez‐moi, Seigneur, de le désirer… »

Benoît-Joseph Labre était ainsi : don total.

Au-delà (si j’ose dire !) de cette statue, pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

J’ai grandi à la campagne. J’ai été étudiante dans la mode, puis ouvrière en retouche de cire dans une fonderie de bronze d’art en Auvergne. Me voici, à présent, exilée à Paris. Je suis souvent saisie d’une envie d’utile et de beau après une balade ou une lecture. Je préfère faire que parler. Je marche à l’instinct. Représenter ou imaginer une nature « floresque » et faunesque me fascine. Par le plâtre, la terre, la cire. Relevé de verre, de tissu. Une touche électrique. Un peu d’or. Et beaucoup de bronze. Et parfois de la photo, avec une attirance compulsive pour les reflets d’arbres dans l’eau. Mes sources sont principalement la nature et la Bible. Peut-être avec une pointe d’humour pour cacher le misérable-ver-de-terre que je suis !

 Sculpter Saint Benoit-Joseph Labre était une première. D’abord car il s’agissait de représenter un être humain. Puis soudain un énorme respect, une grande et belle crainte à l’idée que des personnes iraient se recueillir devant cette statue. Et qu’elle soit dans la maison de Dieu, représentant Saint Benoît-Joseph en constante adoration devant le Saint-Sacrement. Gloups, ça rend petit ça !

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Quels sont les artistes qui vous inspirent ?

Dieu sans aucun doute, le Créateur de la faune et de la flore. Plutôt que les artistes, ce sont les motions, que dégagent les œuvres, qui m’inspirent : j’aime écouter la Bible, les Sainte Vierge qui sourient ; ce qui est drôle, sans moquerie, comme la chèvre, et celle de Picasso ; la tristesse, le désespoir, la compassion dans les visages de Rodin ; les paysages de campagne du 18ème, la finition chez Le Bernin, les nids de Marsupilami de Porky Hefer le Concerto pour Piano n°23 in A, K488- 2 Andante de Mozart, La Traviata de Verdi, les ornithorynques et les hippocampéléphantocamélos.

Quel regard portez-vous sur ce qu’il est convenu d’appeler « l’art contemporain » ? Et comment vous situez-vous par rapport à lui ?

Je ne sais pas répondre à la première question. Et je ne saurais pas « me situer » non plus !

Cliquer pour plus d’informations sur Saint Benoît Labre et la sculptrice Daphné Jardon.

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Gaultier Bès

Directeur-adjoint de la revue Limite
Agregé de Lettres et professeur de Français à Dreux