Petite chronique de la limite à travers les âges, par Casimir Chauvin. Aujourd’hui, la Renaissance.

Les jardins de la villa d’Este présentent un espace géométrique, mathématique, et délimitent clairement un espace naturel chaotique. Ils montrent l’état d’esprit ambiant à l’époque : la certitude que l’homme est fait pour dominer l’univers par son intelligence. Ce tableau de Botticelli raconte la même histoire. L’ange et la Vierge se tiennent dans un espace clos, raisonné et facilement mesurable. Une fenêtre s’ouvre sur des terrasses plantées, coupées du monde par un mur maçonné. Au delà de ce mur s’étend la nature sauvage, hostile, indomptée.

L'annonciation du Cestello par Sandro Boticelli

L’annonciation du Cestello par Sandro Boticelli

 

Ces deux images soulignent trois choses : une confiance en l’homme et en son intelligence, une pluri-centralité en rupture avec la conception de l’univers à l’époque, une importance accordée à la césure entre le maîtrisé et l’indompté.

“Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme. Dieu les bénit et leur dit : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Soyez les maîtres des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre.” (Genèse, 1-28)

Dominez la terre et soumettez-la, c’est une parole que l’homme de la Renaissance n’avait pas oublié. Il la prenais au pied de la lettre et l’appliquait à son environnement. Pour lui, voir, penser et créer faisait partie d’un même processus. Confiant en son intelligence il est certain que l’univers peut être appréhendé entièrement par le biais des mathématiques. En le comprenant, il peut le maîtriser et s’en servir comme un outil pour son confort ou pour l’agrément des yeux. Cette connaissance le pousse à dessiner des espaces aux proportions et à la géométrie simples qui se mesurent et se comprennent d’un regard. C ‘est le cas du carrelage du tableau de Botticelli.

Une interprétation nouvelle des textes sacrés pousse l’homme de la Renaissance à prendre son indépendance vis-à-vis d’un cosmos qui autrefois l’intégrait dans un tout :

Les espaces des jardins sont conçus d’une manière pluri-centrale. Il n’y a pas, contrairement à l’architecture du Moyen-Age, d’axe principale, de centre unique, de composition rayonnante. La mentalité de l’époque abandonne l’idée de transcendance. L’espace est pensé pour l’homme en mouvement. Les éléments spatiaux se succèdent, les centres se côtoient sans se confronter. Sur le tableau, les focales sont multiples : l’arbre, la fenêtre, l’ange, la vierge. Chacune de ces éléments est indépendant.

Ces compositions sont le reflet d’une réflexion qui rompt avec une conception monocentrée de l’univers. La terre n’est plus le centre de l’univers ; elle est en mouvement. Peut-être existe-t-il d’autres centres en dehors du monde connu. La notion de la limite est un élément important de la Renaissance. Si le Romantisme à cherché par la suite à effacer les frontière en opposition avec une époque étriquée et maussade, l’homme de la Renaissance est un individu éprouvé par les guerres civiles et les invasions étrangères. Onze campagnes d’Italie se sont succédées, menées par les rois français.

Le sac de Rome en 1527, surtout, a marqué les esprits, et les campagnes ne sont pas sûres. La rigueur des limites est fille d’un sentiment d’insécurité autant que d’une volonté de marquer la différence entre la culture et la nature.

C. L. Chauvin

Ressources :

1. Etienne Duprac, Carte historique des jardins de la Villa d’Este.

2. Sandro Botticelli, L’Annonciation du Castello.

Casimir Chauvin

Étudiant à l'École Nationale Supérieur d'Architecture de Lyon (ENSAL)

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