Les centres des petites et moyennes villes se vident de leurs commerces. Pas étonnant si l’on observe la prolifération des « grandes surfaces » périurbaines.

Carcassonne, Vierzon, Bourges, Montluçon… Si vous flânez dans les rues de ces villes de province, vous ne pouvez qu’être surpris par le nombre de commerces fermés. Les pancartes « bail à céder » se succèdent aux rideaux de fer qui semblent définitivement baissés.

On appelle ce phénomène la
« désertification commerciale ». D’après une étude de la fédération Procos, syndicat professionnel qui regroupe 260 enseignes, la vacance commerciale s’élevait à 8, 5% en 2014 dans les centres-villes français. Ce pourcentage connaît une augmentation, puisqu’il était de 7, 2% en 2012 et de 7, 8% en 2013. Il dépasse largement les taux dits « normaux » de 5%-6%.

Évidemment, la tendance n’est pas uniforme selon les villes. Outre les spécificités locales (tourisme, âge de la population, revenus médians etc.), les villes petites (moins de 20 000 habitants) et moyennes (comprises entre 20 000 et 100 000 habitants) sont les plus touchées. En 2015, révèle un rapport ministériel, plus de 50% des centres-villes des villes moyennes ont au moins 10% de commerces vides. C’est le cas de seulement 27% des grandes villes, qui continuent d’attirer les investisseurs. La vacance s’y élève à 7%.

Ce taux de 10% s’apparente au seuil critique car à partir de ce stade, précise le même document, on peut parler « d’un déclin structurel de la commercialité du centre-ville ». À Béziers, commune la plus frappée par la désertification commerciale, le taux de vacance s’approche des 25% en 2015 (en hausse de 15 points depuis 2001).

Les causes de cette désertification commerciale sont bien sûr multiples. On pointe notamment le taux élevé de chômage et de pauvreté, l’explosion du commerce en ligne, 
le coût de l’immobilier du cœur de ville, mais également la baisse de la densité de population en centre-ville et son corollaire, l’étalement urbain, qui s’est traduit par une hausse de la population périurbaine. Or, pour cette population « pavillonnaire », le centre- ville présente souvent des difficultés d’accessibilité (stationnement, prix du parking). Bien souvent, la population d’une ville moyenne privilégie le centre commercial de la grande ville la plus proche (à parfois plus d’une heure de voiture) plutôt que de choisir les magasins locaux de centre-ville.

Qu’il est beau mon Ikéa

Les élus locaux ont compris le phénomène et ont voulu limiter l’attraction des zones de chalandise des villes voisines et donc concurrentes. Séduits de surcroît par la promesse d’emplois des grandes enseignes, ils ont plébiscité l’éclosion de centres commerciaux. Depuis les lois de décentralisation de 1983, ils ont les moyens financiers et juridiques de l’aménagement du territoire. Pratique courante, les élus préemptent des terres agricoles (à un prix dérisoire), les vendent à ce prix à un promoteur, puis d’un coup de …

 

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Laurent Ottavi

Etudiant en histoire, contributeur à Atlantico et Liberté Politique.