Ce lundi 25 janvier, c’était la douche froide pour les opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Le tribunal de grande instance de Nantes a décidé d’autoriser l’expulsion des onze familles et quatre agriculteurs « historiques » du site du futur aéroport. Une situation qui entraîne bien plus qu’un changement de paysage dans la région du Pays de la Loire 

 

Cet arrêté du tribunal sur les expulsions des derniers résidents de la ZAD (zone d’aménagement différé ou zone à défendre ) relance le débat faisant rage depuis cinquante-trois ans autour du « projet d’aéroport du Grand Ouest » destiné à s’implanter dans un petit village du bocage nantais, Notre Dame des Landes. Voilà un bien beau nom, Notre Dame des Landes, pour la réalité que ce projet cache.

On ne sait trop si l’issue de ce débat tardera ou non. Il existe une foule d’arguments pour ou contre le projet, nourrissant un débat clivant et dépassant largement une division droite/gauche que l’on sait de plus en plus restreinte. Beaucoup sont légitimes de part et d’autre. Evidemment, ici ,nous penchons plus contre la promesse de défoliation de 1220 ha de terres arables ou humides (donc censément protégées par l’article L.211-1 du code de l’environnement) par une épaisse couche de béton annonçant la destruction des sols environnants de manière irréparable. L’assurance de toujours plus d’émission de gaz à effet de serre n’est ni COP21, ni Laudato si’ compatible. Et il est également plus que contestable de préférer la construction de nouvelles infrastructures plutôt que la restauration et l’optimisation de celles déjà existantes. Et ce même si la proximité avec le Lac de Grand Lieu de l’actuel aéroport de Nantes Atlantique est inquiétante et loin d’être un idéal.

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Le mal étant déjà fait, autant y remédier autrement qu’en le reproduisant ailleurs. Sans même parler du risque d’implantation de firmes toujours plus grosses menaçant le tissu de PME, les petits artisans et commerçants de nos campagnes, survivants d’un système économique antérieure au modèle du mall américain, malheureusement largement répandu en France. Ajoutons par ailleurs  qu’un tel système ne permet en rien de réduire le chômage, au contraire.

Mais ici le propos n’est pas d’étayer un argumentaire déjà largement développé par les diverses associations de partisans et d’opposants. Ce projet d’aéroport masque derrière des réalités économique et environnementale un réel changement de culture. Se pose en effet le choix entre deux mondes. D’une part celui tendant vers toujours plus de mondialisation, de croissance urbaine, fondé sur une vision du développement datée des trente glorieuses et visant à construire, s’étendre toujours plus. D’autre part la défense de notre maison commune, la préservation des modes de vie traditionnels, de l’ancrage local, de l’enracinement et quelque part de la décroissance au profit de la sauvegarde de notre modèle de société. En somme les tenants de la mondialisation désincarnée face aux défenseurs d’une société enracinée.

Ecolos, Cathos, paysans, altermondialistes, gauchistes, conservateurs traditionnalistes s’unissent dans une légion tout aussi hétéroclite

Il est amusant de voir toujours les mêmes « progressistes » soutenir l’aéroport au nom de la marche inéluctable du temps. Alors que ce sont les idées qui mènent le monde, les leurs semblent pourtant en décalage avec la tendance actuelle favorisant de plus en plus les circuits courts, la consommation bio et locale, et le développement durable. Nous y trouvons la petite et moyenne bourgeoisie de l’Ouest, soucieuse d’assurer le développement économique de la région, et dont les représentants des Républicains et du PS font cause commune pour défendre le projet coûte que coûte. Alors que la majorité des élus locaux, toutes tendances politiques confondues, soutiennent le projet, l’avis de la population est bien plus mitigé (les sondages indiquent mêmes qu’une large majorité de français y est opposée). Ecolos, Cathos (cf. l’appel des chrétiens contre NDDL), paysans, altermondialistes, gauchistes, conservateurs traditionnalistes s’unissent dans une légion tout aussi hétéroclite.

Mais concrètement, comment s’exprimeraient les conséquences civilisationnelles de la construction de l’aéroport ? Je vous invite à regarder comme le village de La Baule-Escoublac était beau avec ses charmantes villas ornant la plus grande baie d’Europe. « Était » car depuis les trente glorieuses et leur modèle de développement que veulent poursuivre les partisans du projet, la Baule ressemble à un immonde tas de béton, faisant se rivaliser les architectures les plus laides que les années 70 ont conçues. De 16 000 habitants à l’année, la population estivale peut passer à 150 000 habitants, faisant d’elle une ville morte et grise au quotidien. Voilà une perspective touristique intéressante que promet un aéroport international. Par ailleurs, au lieu du slogan « vivre, décider et travailler au pays » qu’ont repris les bonnets rouges, le projet nous propose 1,5 millions d’habitants supplémentaires et une croissance d’emplois de plus de 40%, permettant de vider un peu plus les déserts ruraux français et de maintenir une urbanisation dévorante en vue d’établir de grandes métropoles internationales.

Toujours plus de béton, de grandes zones commerciales et industrielles

Toujours plus de béton, de grandes zones commerciales et industrielles dans des périphéries urbaines regorgeantes de temples de la consommation, de désenracinement et de barres d’immeubles ; toujours moins de campagne, d’espaces protégés, de jolis villages d’antan et de liens traditionnels entre des populations de moins en moins locales. Entre la mondialisation et le terroir, il est l’heure de choisir.

Alors, amis bourgeois (vous qui me faites envie ne voyant pas vos cimetières), réfléchissez un instant à l’environnement que vous souhaitez laisser à vos enfants. La sérénité et le bon vivre caractérisant nos belles provinces de l’ouest ? Ou une métropole géante appuyée sur une métastase bitumineuse bouffant notre littoral et notre bocage au nom de la modernité ?

« Il faut savoir ce que l’on aime, Et rentrer dans son H.L.M., Manger du poulet aux hormones » nous chantait le regretté Jean Ferrat. Espérons quant à nous que notre Bretagne reste belle !

Louis Gibory

Etudiant en relations internationales

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