Avant de vous souhaiter, en compagnie de la rédaction, une année 2016 belle, sincère et intégrale, Gaultier Bès s’est chargé de nous dire de quoi est fait Demain.

Il y a plusieurs manières de finir et de commencer une année, et plus généralement d’aborder l’avenir : le fatalisme résigné, la déploration pleurnicheuse, l’optimisme aveugle, le réalisme actif… Même si l’époque est trouble, l’actualité anxyogène, c’est cette dernière voie, celle d’une espérance en actes, que Limite a choisie. Un film remarquable vient opportunément nous montrer le chemin.

Oui, on peut être lucide sans être catastrophiste, positif sans être ingénu, accessible sans être simpliste. Oui, le désastre est là, déjà, tout autour de nous, mais les alternatives aussi, toutes proches, à portée de main. C’est ce que prouvent éloquemment Cyril Dion et Mélanie Laurent dans leur beau documentaire. Demain, c’est la révolution expliquée à ma grand-mère. C’est l’écologie à la portée de tous. C’est une bouffée d’espoir pour les plus cyniques et une grosse claque pour les plus sceptiques.

Dorénavant, j’offrirai un DVD de Demain (en plus du dernier Limite) à tous ceux qui me demandent en levant les yeux au ciel d’un air languissant : « D’accord, mais c’est pas nous avec nos petits bras qu’allons changer les choses ! ». – Et bien si, justement, car c’est de la base que de nouveaux modes de vie plus durables émergent. De l’agriculture à l’économie en passant par les énergies, la démocratie ou l’éducation, le film montre que les solutions existent, qu’elles sont simples et probantes, et qu’il n’y a pas besoin d’être Einstein, Bill Gates ou Obama pour changer les choses.

Si le documentaire commence par une rapide synthèse des désastres environnementaux (à partir d’une étude de la revue Nature annonçant la possible disparition d’une partie de l’humanité d’ici 2100), rapidement ce sont les réponses écologiques, mais aussi économiques et sociales (c’est tout un), qui sont développées. Face aux impasses et aux absurdités de notre système de développement effréné, un peu partout, des expériences durables permettent d’espérer raisonnablement que nous saurons laisser à nos enfants un monde vivable. Cette attention aux générations futures est l’un des aspects essentiels du film, car il s’agit certes d’apprendre à mieux partager les richesses avec tous nos frères humains vivant, mais aussi avec tous ceux qui nous suivront. Demain a le grand mérite de nous montrer que non seulement c’est possible (pas héroïque ni facile : accessible), mais source de joie. Un intervenant souligne avec humour que si nous sommes très doués pour imaginer des scénarios apocalyptiques, dans lesquels l’humanité s’autodétruit, nos représentations sont pauvres en utopies constructives.

Pour convertir nos regards, l’équipe de trentenaires réunie par le cofondateur des Colibris nous entraîne dans un petit tour du monde de la sobriété heureuse que nous suivons, au rythme d’une bande-son très inspirée. De Detroit à Copenhague, de l’Islande à la Réunion, d’un petit village du Tamil Nadu à une ferme de Normandie, des gens ordinaires reprennent en main leur destin en redonnant vie à leur communauté locale. Quelques chiffres étonnants viennent confirmer les propos des anonymes ou des spécialistes : saviez-vous par exemple qu’un avatar de jeu vidéo représente la consommation moyenne de 40 Ethiopiens ? ou que ? Si l’on retrouve quelques figures des combats écologiques – Vandana Shiva, Rob Hopkins, Pierre Rabhi, Jérémy Rifkin, etc. – ce sont d’attachants visages inconnus qu’on découvre tour à tour. Chacun d’eux nous parle avec humilité de ce qu’il fait, avec d’autres, pour redonner du sens à son existence en respectant mieux son environnement naturel et social. Des monnaies locales à la permaculture, des énergies renouvelables à la lutte contre le gaspillage, de l’aménagement urbain à la démocratie directe, de la valorisation des déchets à l’« écolonomie » des entreprises, les pistes d’action – que recensent le site du film www.demain-lefilm.com – ne manquent pas.

Contre les monopoles privés ou publics, contre la tyrannie des monocultures globalisées, notre monde a besoin de retrouver, à l’image de la nature sauvage, toute sa diversité ! Allez voir ce beau film, si vous le pouvez, parlez-en autour de vous, et retroussons-nous les manches : nous sommesà la veille de grands changements, faisons en sorte qu’ils soient bénéfiques pour tous. L’avenir commence demain !

Gaultier Bès

Directeur-adjoint de la revue Limite
Agregé de Lettres et professeur de Français à Dreux